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Cobiath - Preface - Table des matieres - Intro - Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 - Partie 4 - Biblio |
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QUATRIEME PARTIE Généralités |
Après l’étude faite en vrac des divers monuments du pays, essayons de
résumer.
Il s’agit, en réalité, de cerner de près leur certificat exact de naissance
en vue de jeter quelque lumière sur l’origine de leur parenté, l’originalité de
leur art, les influences subies ou le résidu de leur apport.
”Alors que partout ailleurs dans le monde civilisé, la conception d’une
nation se base fondamentalement sur l’idée de patrie en tant qu’unité
géographique”, dans l’Orient mystique et tourmenté, ”la confession religieuse
fut l’élément déterminant dans la formation des nations”.[1]
Toute société étant alors d’origine religieuse, au Moyen-Orient, l’art
relatif est par conséquent, d’inspiration religieuse, en d’autres termes, art
et programmes cultuels sont généralement solidaires. Aussi, découvrir un
programme cultuel, c’est un peu découvrir un art et un peuple, et l’art devient
ainsi l’image d’une civilisation comprise comme un tout unique.
Dans l’art occidental, on fait, généralement, une nette distinction entre
profane et religieux.
Au Moyen-Orient, la réalité est autre. Mise à part la période gréco-romaine
durant laquelle, artistes et mécènes semblent avoir donné leurs parts
respectives aux deux branches de l’art, villes, palais, basiliques, androns et
marchés ainsi qu’une multitude de temples immortels, l’art oriental paraît se
réduire au seul religieux y compris l’art funéraire. L’enclave franque fait,
justement, un intermède intéressant, l’architecture militaire des Croisés a
rivalisé avec leur architecture religieuse.
Parti de la croyance en l’immortalité de l’âme et de la foi en l’éternité
des dieux, l’homme de l’Orient antique, négligeant, si l’on peut dire, sa
propre maison, ”abri éphémère de sa courte vie” [2]
prête toute son attention à sa demeure éternelle et soigne d’une façon
particulière celle des dieux. Nous n’affirmons point, en cela, l’absence totale
de tout art profane nous insistons surtout sur l’absence de toute présence de
cet art, car si quelque échantillon s’est sauvé, par miracle, c’est que la
postérité, soit superstition, soit croyance, s’est abstenue, généralement, de
toucher aux lieux de culte alors qu’elle s’est fait une joie de démanteler les
maisons humaines pour en reconstruire d’autres à sa propre image.
Aussi, pouvons-nous affirmer globalement, que l’art du Moyen-Orient se réduit, presque, au seul art religieux.
A partir du centre-ville cobiathin et sur un espace à peu près égal à dix
kilomètres carrés, la concentration des lieux de culte semble sortir de
l’événement ordinaire. Nous avons eu le loisir de relever le plan de
quelques-uns, quand aux autres, soit bouleversement causé par le temps et les
facteurs naturels, soit destruction barbare en vue d’un remploi de la pierre ou
bien d’un renouvellement vaniteux et ignorant, nous avons eu la consolation
amère d’en établir une liste presque complète et d’en admirer les vieux chênes
verts qui en ombragent les sites.
a- Parenté d’origine et originalité des
chapelles:
Nous avons pu distinguer trois groupes parmi les chapelles dont nous avons
réussi à faire le relevé et ceci d’après le plan et le système de couverture.
1- Le premier groupe comprend trois chapelles: la chapelle de Qinia, celle
de Mar Challita et celle du Felicium, formées, toutes trois, d’un vaisseau
unique, à plan rectangulaire fort simple, raccordé à une abside demi-circulaire
flanquée, généralement, de sacristies dans les réduits latéraux.
2- Les chapelles comprises dans la seconde catégorie sont celles à plan
simple à vaisseau unique et rectangulaire mais précédé d’un portique.
3- Les églises comprises dans le troisième groupe, celui qui englobe les
édifices à plan complexe, c.à.d. les églises qui possèdent deux nefs, peuvent,
à leur tour et d’après le système de couverture, être classées en deux types le
premier est voûté en berceau, le second est couvert d’une voûte d’arêtes.
Dans le premier groupe, à plan simple, la chapelle du Felicium, comme nous
l’avons déjà signalé, est d’abord une chapelle de château franc qui ne laisse
aucun doute, sur sa véritable parenté ou, sa datation.
Quant au style, au plan et au système de construction, elle peut être
rapprochée, sans risque d’erreur, de la chapelle-donjon des Templiers à la
forteresse de Castel blanc de Safitha,[3]
dont le plan est celui d’une chapelle romane à nef unique, qui a trois travées
voûtées en berceau sur doubleaux, une abside semi-circulaire couverte d’un
cul-de-four. De part et d’autre de l’abside, deux réduits rectangulaires,
communiquant avec elles, rappellent, toutefois, l’usage des deux sacristies,
intitulées Prothesis et Diaconicon, dans les basiliques syriennes de la période
paléo Chrétienne.
La chapelle du Felicium, de dimensions plus réduites, dessine un plan
presque semblable: un vaisseau unique rectangulaire raccordé à une abside semi-
circulaire, flanquée d’une sacristie évidée dans l’angle nord et donnant au
sanctuaire l’aspect approximatif d’un ouvrage carré. L’état actuel du Felicium
ne nous permet pas d’affirmer l’existence de la toiture en berceau ou bien des
arcs doubleaux, mais les données sur le terrain permettent, sans trop risquer,
de supposer, au moins, la couverture en berceau.
Le P. Lammens, en visite à Saydé tout juste au début du XXe siècle, écrit:
” En fouillant la colline appelée ”AI-Qalaa” et portant l’ancien fortin des
Hospitaliers de St Jean, on a découvert les fondements d’une seconde église,
identique pour le plan à la première.[4]
Nous avouons humblement ne pas avoir retrouvé les vestiges de cette seconde
église. A- t- elle été effacée par les travaux de terrassement faits sur la
colline ou bien a-t-elle été remblayée par les facteurs naturels?
N’oublions pas que l’église actuelle de Notre-Dame du Fort a emprunté la
plupart de ses pierres à l’appareil du château franc.
La seconde chapelle, celle de Qinia a un plan plus ou moins pareil à celui
du Felicium. Elle accuse presque les mêmes dimensions avec une seule porte
d’accès au nord-ouest et une sacristie au nord-est. Deux détails, apparemment
sans importance, donnent à chaque monument une personnalité autonome. La
chapelle de Qinia possède une abside emboîtée dans un chevet carré alors que le
sanctuaire du Felicium forme une semi-rotonde à l’intérieur, comme à
l’extérieur. Le second point de différence entre les deux chapelles c’est que
la sacristie du Felicium s’ouvre directement sur la nef par une entrée
principale et par un passage latéral sur le sanctuaire, alors que l’abside de
Qinia, continuant franchement les murs de rive de la nef, met la sacristie tout
à fait au côté nord de la chapelle et un seul passage latéral relie l’abside à
la sacristie.
Quant au troisième lieu, celui de Mar Challita, nous pencherions pour le
classifier dans la série des monuments environnants et ceci pour plus d’une
raison malgré les ressemblances qui le font rapprocher de la chapelle de Qinia.
Nous avons déjà insinué la possibilité de l’existence d’une chapelle juxtaposée
sous l’amas de pierraille qui encombre le côté nord de la chapelle. Or, nous
nous permettons, à la fin de cette enquête, de n’en plus douter. Deux lectures,
en effet, sont possibles dans le cas de cette église: ou bien elle a appartenu
au même peuple et à la même période historique que les autres monuments, chose
fort logique dans son cadre géographique et par conséquent, elle doit répondre
au même programme cultuel répandu dans la vallée cobiathine; ou bien, elle a
été construite plus tard. Or, cette dernière proposition manque, comme nous
l’avons démontré, ailleurs, de fond historique valable. Déjà Monseigneur
Zraiby, dans son manuscrit cité plus haut, se demandait, à distance d’un
siècle, sur l’origine de ce monument qu’il croyait pouvoir reporter, d’après la
tradition, au temps des Croisades.[5]
Le second groupe comprend les chapelles à plan simple mais raccordé à un
portique. Dans cette catégorie, nous avons réussi à relever les infra
structures d’une seule église, celle de Mar Nouhra à Fsaqine. Etait-ce une
petite église paroissiale ou bien desservait-elle une installation monastique.
Quand même, ce genre de plan, répondant parfaitement aux canons de
l’architecture maronite du Liban trouve une abondante application dans les
antiques églises de Jbail et Batroun. Rappelons, à ce propos, la petite église
du Saint Sauveur à Koubba, église à laquelle on attribue, normalement, mais à
notre avis, sans raison, une parenté franque alors qu’elle crie, hautement, ses
origines locales. St-Phocas d’Amioun qu’on attribue aux Croisés malgré sa
parenté libanaise.
Les chapelles de la troisième catégorie peuvent, à la rigueur, exposer au
doute leur communauté d’origine et ceci, si on se tient à certaines raisons qui
nous semblent superficielles: voûte en berceau ou voûte d’arêtes, la
distinction ne peut tenir lieu, ni de critère stylistique ni de moyen de
datation, car, au rapport de C. Enlart lui-même, les Francs firent en même
temps usage des deux systèmes de couverture indifféremment, en effet, dit le
célèbre archéologue, on rencontre parfois les deux couvertures dans le même
édifice. Si le berceau, de facture plus simple, se prête plus facilement à
l’exécution, l’arc croisé, avec tout ce qu’il peut comporter comme pilier,
pilastre, colonne, colonnette engagée et chapiteau, offre plutôt un décor
exubérant: ”Peut-être ces deux manières de voûter sont-elles celles de deux
régions ou plutôt de deux ateliers et non celles de deux périodes”.[6]
Il ne s’agit pas donc d’un critère ante ou post quem mais bien plutôt d’un fait
d’esthétique. Au point de vue esthétique les églises de Mar Sarkis et de Deir
”Nein” sont, en effet, beaucoup plus belles que leurs autres consoeurs. On
peut, cependant, objecter la différence de plan entre les églises de Ghozrata,
des Sts. Georges et Daniel à Chouita et celui des autres églises à plan double.
Nous pensons que cette différence ne tient pas débout étant plutôt imposée que
voulue.
Par respect des lieux vénérés, les anciens, par opposition aux
contemporains, mettaient un soin particulier à conserver les monuments
antérieurs. Les cryptes paléo-chrétiennes ou les chapelles postérieures
conservées minutieusement dans certaines grandes basiliques, en sont un vivant
témoignage. Nos églises ne se sont pas substituées aux anciens sanctuaires,
dans le sens strict du mot, mais elles ont été élevées sur le même site, le
nouvel ensemble englobant souvent ce qu’il y avait de valable dans l’ancien.
Nous avons signalé plus haut l’existence possible d’une ancienne crypte sous
l’église des Saints Georges et Daniel à Chouita.
L’église de Qammaa est encastrée dans un monument antérieur: Le linteau de
l’église antique est conservé dans la partie nord-ouest de la façade
occidentale de la chapelle nord de l’ensemble de Notre-Dame de Ghozrata.
Une version pense que le décalage entre les chapelles, soit à Chouita soit
à Ghozrata est simplement dû à l’existence, sur le terrain, d’un ancien lieu
sacré. Les constructeurs postérieurs, soucieux de l’intégrer dans le nouvel
ensemble, se sont trouvés dans l’obligation de lui flanquer les deux nefs de la
nouvelle église, lesquelles, de la sorte, sont devenues, pratiquement, deux
chapelles contiguës. Cette version ne peut, cependant, pas tout expliquer. Si
le décalage ou le retrait d’une chapelle par rapport à l’autre, parait motivé,
raisonnablement, par le désir de conserver les anciens lieux de vénération,
comment motiver les différences de mesure ou bien le désaxement central,
nettement sensible et généralisé dans ces chapelles-là? Nous nous trouvons face
à un programme cultuel à déchiffrer ou, mieux, nous affrontons, tout
simplement, un problème de conception de l’église en tant que telle, soit dans
le pays en question, soit chez un peuple déterminé.
Cette parenté d’origine de nos chapelles se manifeste aussi dans plusieurs
autres domaines, surtout dans le choix du site et le mode de la construction.
b- Le Choix du Site:
Trois constantes régissent le choix du site à travers presque tout le
Moyen- Orient.
La première c’est le choix d’un lieu élevé, montagne, colline ou n’importe
quelle excroissance dans un terrain plat.
Les points d’eau, sources, torrents ou citernes, conditionnent généralement
le choix du site aussi bien que la grande propriété sensée fournir les moyens
nécessaires à la subsistance des servants.
1- La montagne, choix et
symbolisme:
Placées dans un cadre géographique presque toujours pareil, nos églises se
dressent normalement sur un éperon dégagé du terrain adjacent au moyen de Ouèds
ou bien de vallonnements creusés sur trois de leurs côtés, le quatrième
faisant, généralement, partie intégrante de la montagne, de la colline ou de la
falaise qui surplombe.
Pourquoi le choix précis de ces endroits?
Il serait, d’abord, inexact d’affirmer la liberté des constructeurs dans le
choix de l’emplacement de nos monuments, car, en relevant de leurs cendres les
anciens édifices, ils ont réparé plus qu’ils n’ont innové.
Les églises, toutes ou presque, s’élèvent sur l’emplacement d’anciens lieux
de culte chrétiens qui s’étaient, à leur tour et parfois, substitués à des
temples païens, ils ont, d’autres fois, baptisé directement, quelques-uns de
ces temples antiques. Dans tous les cas, le site devient un critère de
classification fournissant la possibilité de regrouper les églises en trois
ensembles.
- Le premier regroupe à notre connaissance, quatre sites seulement: le
petit monument de Mar Challita qui s’est installé dans un coin du vaste temple
de Hilsban, la chapelle qui a revêtu la cella du temple dit Maquam er Rabb, à
Menjez et dont il ne reste plus rien et le petit temple d’Akroum transformé en
église.
- Le second, celui qui groupe les chapelles construites en remplacement
d’églises antiques élevées, elles-mêmes, sur l’emplacement de temples païens,
est représenté par plusieurs sites qui ont donné leurs preuves. Nous citons à
titre d’exemple le site de Qammaa dont le nom d’origine syriaque tient lieu de
preuve concluante, celui de Mar Doumith qui expose ses grandes jarres de
service dans l’actuel couvent des Carmes, ou bien la place de Saidet Chahlo
qui, quoiqu’elle vient d’être rénovée, garde comme un précieux joyau son
archaïque autel d’offrande phénicien.
- Quant à la troisième série, celle qui représente les chapelles en
remplacement d’anciennes églises, cette série regroupe un grand nombre de
monuments.
Notons, à ce point, un fait déjà remarqué par les archéologues.[7]
Les nouveaux édifices, bien qu’ils remplacent d’autres plus anciens, ne
suivent jamais, dans leurs fondements, les fondations antérieures de sorte
qu’on réussit souvent à suivre le tracé de ces dernières.[8]
A travers l’étude des plans déjà relevés, nous avons, parfois, souligné la
présence de ces antiques fondations. Nous pouvons dire, pour résumer, que si
les architectes de nos chapelles n’ont pas pu choisir, les anciens, eux, ont
choisi et librement, car preuve à l’appui, c’est toujours la même configuration
de terrain qui se répète. Pourquoi alors le choix de la montagne? Y a-t-il
quelque valeur sur le plan historique et religieux?
La montagne, thème traditionnel dans la Bible, symbolise, aux yeux du
peuple hébraïque « la demeure de Dieu »:
« Il arrivera dans les derniers jours
Que la montagne de la maison du Seigneur
Se tiendra plus haute que les monts
S’élèvera au dessus des collines …
Ils diront: venez!
Montons à la montagne du Seigneur,
A la maison du Dieu de Jacob. »[9]
Moïse reçoit les dix commandements sur la montagne. Abraham escalade la
montagne pour offrir son fils, en sacrifice acceptable aux yeux du Seigneur. Le
prophète Elie se retire sur la montagne du Carmel pour invoquer le Seigneur.
Dans le nouveau Testament, Marie ”abiit in montana”[10] afin que Jean soit sanctifié, avant terme,
par le Christ. Jésus, lui même, se retire sur la montagne pour parler à son
Père.[11]
Les Phéniciens du littoral libanais ainsi que les Cananéens de l’intérieur
choisissaient des lieux élevés pour dresser leurs temples. Les lieux de culte
païen, écrit le Père M. Nakouzi, se trouvaient souvent sur les sommets des
collines, des éminences et des montagnes comme on peut le constater dans les
temples phéniciens construits au-dessus des cimes du Liban... Ces temples se
trouvaient aussi dans les vallées où les ombres mystérieuses dérobaient, aux
regards indiscrets, certains cultes honteux.[12]
Le prophète Ezéchiel rapportant la parole de Dieu, s’écrie: ”Vous saurez
que je suis le Seigneur quand leurs morts (Cananéens) seront parmi leurs
idoles, autour de leurs autels, sur chaque colline élevée et sur toutes les
cimes des montagnes et sous tout arbre verdoyant et tout chêne vert noueux. ..”[13]
Le culte païen se déroulait soit dans les temples où, à part quelques rares
vases sacrés, se trouvaient autels et stèles[14]
soit, à l’extérieur des temples, dans des forets naturelles ou bien plantées de
main d’homme.[15]
La présence des stèles à l’intérieur des temples expliquait deux idées, en
principe, opposées, mais qui se retrouvaient en finale:
- Certaines pierres sont la demeure de la divinité[16]
rappelons, à ce propos le culte de la pierre chez les anciens arabes mais ces
pierres étaient, le plus souvent d’origine météorique, elles étaient appelées,
par les Sémites, Bet-Ael, demeure de Ael-Dieu, et, passées à la langue
française sous la forme bétyle.
- On prête, à ces mêmes pierres, des fonctions de maternité, ainsi qu’un
rôle de paternité, au bois.[17]
Dans le temple cananéen, le ”mât” constituait un élément très important,
représenté par le tronc ou le pieu sacré, le ”mât” symbolisait une idée
religieuse fondamentale chez les anciens Sémites, dans certains arbres, les
plus touffus et les plus gros surtout habitait la divinité. Les Cananéens,
réunis à l’ombre de ces arbres, reprenaient contact avec les âmes de certains
personnages illustres.[18]
Ainsi le ”mât” cananéen, la ”pierre dressée” d’Abraham l’hébreux, la montagne
monolithe phénicienne et le bétyle arabe, - les quatre peuples appartiennent à
la même race sémite - représentent la verticalité figurée par la priorité de
l’esprit sur la matière, la victoire de la vie sur la mort.[19]
Cet appel du divin, concrétisé en Mésopotamie, pays de plaines, par
l’originale ziggourat fixe ses temples sur les hauteurs du Liban.
2- L’eau:
Le choix du site est conditionné par la présence de l’eau. Celle-ci peut
jaillir d’une source et être jugée suffisante aux besoins prévus d’où le choix
de la colline, de la montagne ou de l’éperon qui en jouissent.
Parfois l’eau d’un puits ou d’une citerne conditionne le choix du site.
Cette eau peut avoir un caractère sacré, et être l’objet d’un culte
particulier.
Dans ce cas, elle est, le plus souvent, incorporée aux bâtiments de
l’église, tels sont, par exemple, les puits de Jacob, de la Samaritaine, de la
Vierge Marie à Nazareth, ainsi que la citerne de Cana, au Liban. En Syrie,
citons la célèbre Source Sabbatique, la Chabtouna des textes pharaoniques,
reliée au culte de Saint Georges et située aux environs du Crac des Chevaliers.
Le plus souvent, l’eau n’a qu’un caractère purement utilitaire. Il en est
ainsi de la plupart des citernes aménagées à côté, ou bien, sous un grand
nombre d’églises pour recueillir l’eau de leurs terrasses.
L’eau de ces citernes servait aux besoins liturgiques - ablutions
rituelles, baptême, eau bénite - au nettoyage de l’église et, surtout, à la
consommation.
A Safitha, un puits contenant une source, existe sous la cour à l’angle sud
de la façade occidentale de la chapelle-donjon, reste toujours vivant de
l’ancien Castel-Blanc des Croisés. On trouve de ces citernes à Tartous en
Syrie, et, au Liban, à Jbaïl sous le bas-côté nord en communication avec le baptistère.
A Saint- Phocas d’Amioun et à Saint-Sauveur de Qoubba, un puits existe derrière
l’abside. On vient de déblayer une large citerne derrière la chapelle sud de
Notre-Dame de Ghozrata.
D’autres fois, la position stratégique du site dicte le choix. L’eau de
source manquant, on a alors recours à l’eau de pluie: C’est ce qui explique les
nombreuses citernes, qui, recueillant l’eau des terrasses, desservent la
plupart de nos sites Cobiathins. Les monuments de la vallée d’Oudîn (Mar Elias,
Mar Elian et Mar Saba) font exception, ils sont desservis par une source à
grand débit, le nabaa-el Qabou. Une petite source, très appréciée jadis des
caravaniers empruntant la piste Halba-Cobiath, la Ain-ed Delbé, jaillit à
quinze mètres au sud de l’église de Fsaqine. La petite chapelle de Qlehta, cinq
kilomètres de marche à l’ouest du Felicium, n’est qu’à cent cinquante mètres
environ du cours de Nahr-el kébir.[20]
3- Le Domaine :
Une troisième constante est, cependant, observée lors du choix du site,
c’est le domaine ou la grande propriété sensée subvenir à la subsistance de
l’individu ou de la société de base. Toutes les églises du Cobiath, monuments
antiques ou églises de paroisse, jouissent d’un domaine, le “waqf”, géré par un
ou plusieurs responsables. Le waqf d’aujourd’hui représente, à la rigueur, la
grande propriété d’autrefois dont l’existence influençait normalement l’option
pour un site ou pour un autre.
Le waqf est, souvent, constitué par les restes de la grande propriété
auxquels des donations ultérieures sont venues s’ajouter. Nous avons signalé, à
ce propos, les chartes franques qui ont, jadis, établi les waqfs de certaines
églises latines d’alors.
Tous les sites où se trouvent nos monuments sont entourés de riches
terrains cultivables. Oudin, Hilsban, Chouita, Qamma’a sont rendus célèbres par
leurs sanctuaires. Nous pensons, cependant, que ce sont les richesses des lieux
qui ont été à la base du choix du site.
c- Un peuple: Un culte.
Dans notre aperçu historique, nous avons essayé de reporter la parenté des
anciens monuments religieux du Cobiath au peuple maronite habitant du Liban et
allié naturel des Francs. Malgré le silence des documents relatifs à leurs
origines, nous avons cerné, d’après l’enchaînement historique, la période de
leur fondation et l’identité du peuple propriétaire. L’archéologie peut-elle, à
ce point, faire écho à la lecture de l’histoire?
L’art de ces monuments, compris comme programme cultuel, peut, à notre
avis, jeter quelque lumière sur l’énigme de leur genèse et ceci pour deux
raisons:
- Les chapelles appliquent, d’une façon générale, les canons de
l’architecture religieuse maronite.
- D’autre part et, c’est là le point le plus important, nos chapelles ne
sont point orphelines, elles ne font que suivre le tracé d’un plan largement
appliqué à travers le Liban maronite.
Canons de l’architecture maronite
L’architecture religieuse chez le peuple maronite a fait l’objet de
plusieurs études. La dernière en date est l’oeuvre monumentale du Père Boutros
Daou.
Comme il est, dans notre intention, de trouver, tout simplement, une
parenté à nos chapelles cobiathines nous essayerons de les rapprocher de
monuments semblables dont la date de construction. la parenté et le style ont
été établis par le patriarche E. Addouaihi dans ses ”Annales des temps” et
confirmés d’une façon indubitable par le Père Lammens à la fin du XIX siècle.[21]
Les canons de l’architecture maronite ont été fixés, il y a longtemps,
d’une façon définitive. Le Patriarche Douaihi en avait réuni les principaux
éléments dans un ouvrage intitulé ”Manarat el Aqdas”, éléments recueillis vers
le milieu du XVII siècle, d’après ”la tradition et les recommandations des
Anciens Pères”.
Les lois de l’architecture maronite ne forment pas un tout originaI: il y
en a qui sont communes à toute architecture religieuse et, si jamais il y a
originalité, celle-ci ne concerne pas les détails architectoniques, mais bien
plutôt le symbolisme particulier donné à cette architecture.
Au rapport du même Patriarche.[22]
” les Saints Pères ont divisé les grandes églises en trois parties: le
sanctuaire (le Saint de Saints) le choeur (le Saint) et la nef, les trois
parties correspondent aux trois personnes divines. Ceci apparaît nettement dans
nos anciennes églises, en particulier dans l’église Mar Mama à Ehden construite
en l’année 749; et l’église Mar Saba à Bcharré datée de l’an 1112...”
- Le Saint des Saints:
” ... Quant au Saint des Saints, écrit le patriarche Addouaïhi, il était,
auparavant caché. Les Pères ont ordonné d’y ouvrir deux portes, en deçà et en
delà du choeur (Saint) et que les fidèles y pénètrent de la nef. Il a été
transformé en Khizanat (armoire). On y a dressé un petit autel, au centre. A
droite, on a élevé la coupole du baptême. Il y avait une place pour ” l’Arche
des Sacrements”, les habits du service religieux, les outils sacrés, les livres
liturgiques, les reliques des saints, ecc...
… On y élit les archiprêtres (le chef des prêtres) on y commence
l’ordination des diacres et des prêtres. On y transfère les restes des
mystères, on y bénit les enfants et on y fait les processions...”[23]
Dans le Saint des Saints, en plus des sièges destinés au clergé, il y a le
tabernacle ou” l’Arche des Sacrements ”. Celui-ci contient quatre objets: le
corps du Seigneur, le saint chrême, l’huile sainte et l’eau du baptême.
- L’autel:
“Les Saints Pères, continue Addouaïhi, ont établi que l’autel soit en
pierre, symbole de la pérennité du sacrifice...”
“... L’autel doit être en pierre de forme rectangulaire car c’est une table
plus longue du sud au nord que large d’est en ouest, pour porter le missel,
l’encens et les autres livres de prière...”
Un ou plusieurs degrés doivent précéder l’autel, car il est assez élevé du
sol, comme il doit être isolé du mur de l’abside pour permettre au clergé de
faire les processions.
“L’autel doit être concave pour permettre le ramassage des restes sacrés,
comme il doit être percé, à l’est, d’un trou pour y placer les saintes
reliques, celles-ci pouvant être retirées au moment voulu...””
… Les anciens Pères, ainsi qu’on peut s’en rendre compte dans l’église Mar
Saba à Bcharré et celle de Notre-Dame à Alep, ont ordonné qu’il y ait au-dessus
de l’autel, dans les grandes églises, une belle coupole soutenue par quatre
colonnettes et fermée par quatre rideaux, comme elle doit être surmontée, aux
coins, de quatre statues représentant les quatre anges ou les quatre bêtes de
l’Apocalypse. La coupole doit être surmontée d’une pomme et celle-ci d’une
croix”.
- La Nef :
La nef de l’église se composait d’un ou de plusieurs vaisseaux.
L’église à vaisseau unique inspirée, primitivement, de l’architecture de
l’andron antique a vu le jour au mont Baricha en Syrie du nord, vers le milieu
du IV s. Ce modèle de nef, simple et facile à construire fut très répandu parmi
les Maronites du Liban surtout durant la période de décadence qui frappa l’art
syriaque après l’invasion arabe du VII siècle.
- Le plan de l’église de type basilical a vu le jour, en Syrie du nord, au
Jabal Semaan en particulier. Dans tous les cas, la basilique maronite de Syrie
devait avoir les éléments suivants:
a- Une nef rectangulaire divisée en trois vaisseaux par deux séries de
colonnes.
b- Ces colonnes devaient être surmontées d’arcades.
c- Une série de fenêtres percées dans les murs de rive de la nef centrale.
d- Le vaisseau central plus large que les collatéraux, doit s’élever au
dessus de ces derniers et être couvert d’une toiture à deux plans inclinés.
e- Les collatéraux ont une toiture inclinée à plan unique prenant racine
au-dessous des fenêtres du vaisseau central.
f- Une toiture faite de bois couvert de tuiles rouges.
L’intérieur de la nef était vide de tout siège. Ainsi, la tenue verticale
était la position rituelle des fidèles durant les cérémonies liturgiques. Les
prières étant longues et réitérées (trois fois par jour pour de longues heures)
les prêtres et les fidèles, les plus faibles en particulier, s’appuyaient sur
des bâtons.
“Nos Pères du siège patriarcal d’Antioche ont négligé l’emploi des chaises
et se sont donné l’obligation de prier debout selon la parole du Seigneur: “Si
vous vous levez pour la prière dites: Notre Père, qui êtes aux cieux...”
L’histoire nous renseigne que les disciples de notre vénérable Père Maroun
ont passé toute leur vie debout, de jour comme de nuit, divisés en deux choeurs
devant la porte royale... quant aux prêtres et aux diacres, ils s’appuyaient
sur des bâtons pour soutenir le corps affaibli, alors que les supérieurs
prenaient place sur des sièges, vu la dignité à laquelle ils étaient parvenus.”[24]
Les fidèles maronites n’employèrent pas les chaises dans leurs réunions
liturgiques auxquelles ils assistaient debout.
Les plus faibles avaient recours, eux aussi, à l’appui de bâtons quand cela
était vraiment nécessaire.[25]
La nef contenait, par contre, ” les lutrins, les minbars, les fonts
baptismaux, les bassinets de l’eau bénite, les miroirs, les oeufs d’autruche et
les naqous ecct ...”.
Ces objets étaient disposés de la façon suivante:
a) Deux pupitres étaient placés de part et d’autre du chancel pour la
Prière Universelle qui était faite de jour et de nuit: on y lisait les
Ecritures Saintes le martyrologe et la vie des saints.
b) Le minbar ou béma qu’on dressait dans la nef était placé par les uns, au
bas de l’église, par d’autres au centre et par quelques-uns au nord du drabzoun
(chancel) on y faisait, la lecture des Epitres, des Evangiles, le sermon et la
bénédiction du Saint Chrême...
c) Dans la nef, on place aussi les fonts baptismaux, ils étaient,
autrefois, déposés à l’extérieur de l’église ou bien sous le portique, car
l’accès à l’assemblée sainte était permis au seul ”enfant de lumière”,
Les fonts baptismaux furent ensuite transférés à la Khizanat (trésor) car
il y a là « l’arche des sacrements »[26]
(Errazat) comme on peut s’en rendre compte dans l’église de Mar Saba à Bcharré[27].
On avait l’habitude de placer, suspendue au dessus du bassin, une colombe
symbole de l’Esprit. Le bassin était, naturellement, taillé dans la pierre.
d) D’autres bassins étaient déposés dans la nef. Ils servaient à recevoir
l’eau bénite le jour de l’Epiphanie ou bien en d’autres circonstances.
e) On y suspendait aussi des miroirs ronds et des oeufs d’autruche, tout
ceci avait un symbolisme précis.[28]
f)” Dans la nef, on plaçait les naqous (tocsins) pour appeler les fidèles à
la prière”[29]
- Le sanctuaire, divisé généralement en trois parties, comprenait le Saint
des Saints avec deux chambrettes à ses côtés.
- Le Saint des Saints est parfaitement orienté.
- Le Saint des Saints est relié à la nef par un arc ou une arcade.
Soulignons, à ce point, que ces canons de l’architecture maronite ne s’appliquent
pas, seulement, aux églises de la Syrie antique, mais il est fort aisé de les
lire dans les anciens édifices sacrés du Liban telles les églises de Faqra,
Ghiné, Zehrani, Khaldé, Jbaïl et bien d’autres. Les deux siècles qui suivirent
la conquête islamique virent peu à peu l’essoufflement du dynamisme artistique
et culturel du peuple maronite. De cette période nous gardons l’église de Mar
Mama à Ehden, la seule datée jusqu’à présent, c’est une petite église, de type
basilical mais à deux nefs. La séparation est faite par une série d’arcades sur
colonnes, l’abside, cependant, semi-circulaire, est empâtée dans un ouvrage
carré qui semble postérieur à l’église.
- L’abside:
A propos d’abside, disons que, pareille à celle des antiques églises, elle
devait être échancrée à l’intérieur alors que l’extérieur était saillant et de
forme semi circulaire comme on peut constater cela dans les églises d’Ehden
(Saint Georges) et de Kferhai.[30]
Quel était le nombre des absides dans la basilique maronite ? ”Les
églises indigènes à collatéraux, écrit C Enlart, ont souvent une abside unique,
les collatéraux se terminant à l’est par un chevet droit. Par contre, les
églises des Croisés qui ont des bas-côtés possèdent trois absides. ..[31]
A l’origine, l’architecture syriaque disposait d’une abside pour chaque nef,
le système appliqué, pour la première fois, dans les églises de Qalaat Simaan
au VIs., se généralisa dans les basiliques syriennes et devint plus tard une
loi de l’architecture religieuse européenne du Moyen-âge.
L’abside semi-circulaire était-elle de rigueur? La règle du sanctuaire
semi- circulaire, à l’extérieur comme à l’intérieur n’était pas aussi rigide et
pouvait avoir d’autres applications comme le plan qui consiste à donner à
l’extérieur seul des absides, le tracé polygonal, primitivement très fréquent
dans les basiliques syriennes. On peut constater cela dans la célèbre basilique
de Saint Siméon le stylite au nord d’Alep. (VIes.)
Les anciennes absides étaient, normalement, flanquées de chambrettes
carrées utiles au service de l’église; c’étaient des sacristies appelées par
les Grecs, prothesis et diaconicon, et, par les Latins secrétariats.
L’avènement des Croisés redonna du souffle à la construction religieuse du
Liban. Les architectes maronites du XII s. remirent en honneur l’esprit de leur
architecture sans, toutefois, le culte du détail.
Ainsi, la basilique de Mar Daniel à Hadath el Jobbé, datée du Xllème siècle,
avait trois absides dégagées et semi-circulaires. L’église, précédée d’un
portique voûté, avait une belle coupole.[32]
L’église de Maad (Jbail) avait trois nefs, celle de Sghar Jbail en avait
deux, raccordées à deux absides, alors que les trois nefs de l’église de
Rachkida (Batroun) étaient reliées à trois absides et précédées d’un large
portique. Une variété intermédiaire consiste en une abside et deux niches: le
vaisseau central est raccordé à une belle abside emboîtée dans un ouvrage carré
alors que les murs est des collatéraux sont droits et percés de simples niches.
L’appui de ces niches servait occasionnellement de table d’autel; la
disposition, d’origine orientale, passa au XII s. en Europe. Rappelons que
l’église Saint Saba de Bcharré en était un bel exemple.
« Il ne fait aucun doute, écrit le P. Lammens, que les Maronites ont
négligé la construction des absides circulaires depuis qu’ils se sont
rapprochés des Latins dans le style de leurs églises et dans leurs traditions
liturgiques. »[33]
Pourquoi donc une abside dans une église? Est-ce, simplement, un besoin
matériel comme le laisse entendre le grand historien maronite:
“Il faut, toujours, que le maître autel soit seul afin qu’on puisse faire,
autour de lui, les bénédictions, les processions et les cérémonies liturgiques
prescrites par les Pères: Pour cela, ils ont ordonné de construire une abside,
autour de lui, du côté de l’Orient afin de ne pas le gêner par un mur
avancé...”[34]
Nous pensons plutôt au symbolisme fondamental qui a été à la base de
l’invention de la coupole. Le Père B. Daou écrit à ce propos: ” On a pris en
considération le sens symbolique qui a revêtu les absides et les coupoles d’une
sacralité particulière car elles furent considérées comme symboles avant-
précurseurs du ciel... l’arcade et l’arc ont symbolisé la victoire comme
l’Orient a été source de Lumière...[35]
- Escaliers:
Des escaliers desservaient les terrasses des églises maronites. Ces
escaliers pouvaient avoir plusieurs formes et dispositions. Quelques-uns,
droits et étroits étaient aménagés dans l’épaisseur des murs ainsi qu’on en
peut constater des vestiges dans le mur médian de Saint Georges à Chouita ou
bien dans les ruines du Deir à Qinia; d’autres étaient encastrés dans les
triangles déterminés par l’empâtement de l’abside dans un chevet droit comme à
Notre-Dame de Ghozrata. D’autres escaliers étaient à vis, comme à Tartous.
Parfois, l’escalier droit ou bien à vis, se logeait dans une tour carrée
adossée à la façade de l’église comme à la chapelle Saint Sauveur de Qoubba
(escalier à vis).
Une église du XII Siècle,[36]
comme celle de Sainte Catherine à Enfé, était desservie par deux escaliers
placés haut, le long des murs de rive, à l’intérieur de l’église, et à moins
d’un mètre des angles de la façade occidentale.
Au départ des Croisés et sous les restrictions imposées par les Mamelouks,
l’art religieux maronite subit une véritable crise qui se prolongea jusque sous
les Ottomans.
Les églises perdirent l’éclat de leurs aînées syriaques et devinrent des
lieux de culte presque informes. Réduites à de simples salles, sans aucun
aspect artistique, courtes, étroites et fort basses, les escaliers, faute de
place, furent disposés à l’extérieur des églises. De longues dalles de pierre,
mises à un certain niveau du sol et fichées parmi les assises du mur, d’une
façon graduelle, menaient jusqu’à la terrasse. Pour y accéder, on avait besoin
d’une échelle, corde ou bois, qu’on plaçait et retirait à volonté, selon les
besoins.
d- Reflets:
Les monuments du Cobiath peuvent, sans aucun doute, s’inscrire dans la
ligne maîtresse de la tradition architecturale syriaque, mais ils représentent,
toutefois, les parents pauvres auprès de leurs riches ancêtres syriens. Vus à
la lumière du passé, on y relève les mêmes constantes structurales:
1- Un-emploi mixte de lignes courbes et de lignes droites:
- La ligne courbe est visible dans les arcs et arcades en berceau, abside
en cul- de-four, arc triomphal, arceaux et arcades sur colonnes ou piliers.
- La ligne droite est, cependant, moins fréquente, elle est représentée
dans les pignons triangulaires, les toitures en pierre - dalles sur consoles -
et dans certains cadres des portes et des fenêtres.
2- L’emploi de l’arc en berceau est constant.
3- En principe, les pierres sont taillées de façon à se tenir enchevêtrées
l’une dans l’autre, sans aucun liant. Le crépi cobiathin est motivé par la
pauvreté des matériaux et parfois par la peinture.
4- Une même forme de linteau se retrouve dans les lignes courbes c’est un
long et large monolithe évidé en arc en berceau.
5- Un même style préside à la facture des citernes, goulot étroit, panse
ovale élargie en tonneau, le tout est couvert d’une dalle carrée perforée ad
hoc pour livrer passage à la corde et au vase d’usage. Généralement, le terrain
environnant est en affinité avec la citerne; il a reçu une préparation
appropriée; rigoles, bassins et rainures couvrent le banc rocheux pour
recueillir une quantité maximale d’eau de pluie.
6- Les mêmes traditions se retrouvent dans les cérémonies funéraires, On
retrouve les mêmes tombes soit à arcosolium (longueur = deux mètres environ;
largeur variant entre 70 et 80 cm sur une profondeur d’un mètre) soit tombes
sub divo couvertes de grandes dalles biseautées.
7- Les mêmes formes de croix se répètent d’une façon constante: Croix
syriaque à bras libres ou pattés ou bien la croix inscrite dans un cercle
d’origine pré-chrétienne.
8- L’abside revêt plusieurs formes normalement elle est flanquée de
sacristies, une ou deux selon les nécessités et les circonstances.
De forme circulaire ou octogonale, l’abside est saillante ou prise dans un
massif carré, parfois simple et souvent ornée. Plus tard, à partir du 8ème
siècle, surtout durant la période franque, l’abside, pour des raisons de
sécurité, sera prise dans un massif carré.
9- Citons enfin un dernier trait: La forme des latrines employées dans les
tours des reclus ou les colonnes des stylites a été largement adoptée dans les
châteaux forts du Moyen-âge sous forme
d’échauguette.[37]
A ceci nous répondons par une note du Père Daou: « L’influence de l’art architectural et pictural prit son départ de la Syrie vers l’Egypte et le Nord de l’Afrique pour parvenir en Espagne et en Angleterre[38]. Il partit, aussi, de la Syrie vers le nord et joua un grand rôle dans l’architecture de la Cilicie, de l’Asie Mineure, l’Anatolie et l’Arménie. »[39]
Une même tradition de construction se rencontre dans le choix des
matériaux, dans les procédés et dans les structures des divers monuments
religieux du Cobiath.
a- Nature
des Matériaux:
1- La pierre, employée dans l’édification des
monuments cobiathins, provient de carrières diverses et appartient à des
natures différentes.
La pierre, la plus employée par les constructeurs du Moyen Age est celle
qu’on nomme ”malaké”; c’est un calcaire coquiller dur et poreux, genre
travertin. Elle a de belles veines qui, malheureusement, se désagrègent et se
rompent facilement d’où les creux désagréables laissés par l’écoulement du
temps. Elle a, généralement, une couleur blanche laiteuse d’une grande beauté.
On en fait usage, surtout, dans les édifices de première importance.
Des édifices, de moindre importance, emploient l’autre pierre, provenant
d’une roche beaucoup plus commune dans le pays, appelée, populairement,
”Sukkaré”.
Il y en a trois genres, le plus répandu, c’est un calcaire gris compact,
fort dur. Sous le taillant, il vole en éclat à la manière du basalte. Difficile
à traiter, il est, généralement, employé dans l’appareil à bossage: la façade
de cette pierre, travaillée aux contours, présente un bossage à peine dégrossi.
Cette pierre forme l’appareil d’édifices de second ordre. On la rencontre dans
l’église des Saints Georges et Daniel, à Chouita, église remaniée à plusieurs
reprises. De couleur grisâtre elle est poreuse malgré l’amalgame de son grain.
Sensible à l’humidité, elle se couvre de mousse qui lui donne une apparence de
laideur et de moisissure.
L’autre genre, est un calcaire ocre à fines strates, appelé ”pierre
blonde”. Plus facile à travailler, la pierre présente une couleur pain de sucre
d’un ton assez chaud.
Le troisième genre du ”Sukkaré” est toujours un calcaire, mais de couleur
ocre, lité en larges et épaisses dalles, faciles à débiter. Il a été très
employé dans les édifices de Chouita, surtout à ”Qassre Mriq” où les carrières
sont toujours reconnaissables à l’ouest du mausolée.
On a fait usage aussi d’une pierre dite ”Ramlé”, genre de tuf d’une couleur
châtain ou châtain clair.
Là aussi, on a deux genres: l’un, d’origine marine, durcit à l’air mais il
est désagrégé par les embruns.
Son grain, souvent très gros, est parfois très fin. D’apparence très
compacte, il s’effrite facilement. L’autre genre est d’extraction locale. C’est
une roche calcaire à gros grains faite d’une composition de racines pétrifiées
et de coquillage, appelée Keddane”.
Le ramlé a été abondamment employé sur le littoral.
A la montagne, on en a fait usage dans certaines parties de la
construction, arceaux et arcades en particulier. On l’a surtout employé au XIII
s. soit faute d’autres pierres soit parce qu’il est plus facile à tailler.
La pierre noire a connu un usage très fréquent dans les régions qui bordent
le Nahr - elKébir et le long du littoral syrien entre Tartous et Banias. On en
rencontre deux sortes. L’une est une roche volcanique de couleur plutôt brune,
facile à tailler. Ses boules sont employées dans le bourrage des murs. L’autre
est un basalte d’un noir brillant. Très difficile à tailler, elle nécessite une
maîtrise particulière. La spécialité était jadis détenue par les tâcherons du
Hauran en Syrie du sud et par les maîtres de Tell Kalakh aux environs du Crac
des Chevaliers.
Quant au marbre, il a eu un usage très limité. Emprunté aux monuments
antiques ou bien, importé directement d’Italie, il a servi, surtout, à orner
les parties les plus soignées des édifices sacrés. Arraché par les
civilisations postérieures, soit pour être remployé dans des édifices nouveaux
soit pour la fabrication de la chaux, son emplacement est toujours
reconnaissable dans les monuments du Moyen-âge, en particulier, les monuments
croisés, comme aux portails de Notre-Dame de Tartous et de la chapelle de
Marqab.[40]
2- Le mortier:
Le Moyen Age a, rarement, fait usage de l’appareil à joints vifs malgré le
renom de ses tailleurs de pierre. Il a eu un recours normal au mortier pour
cimenter les diverses parties de la construction. Ce mortier semble avoir eu,
partout, une même composition.
L’élément de base est le sable, fut- il marin ou montagnard mélangé à la
chaux. On a ajouté de la cendre reconnaissable à la couleur grise, donnée à la
pâte, ainsi qu’à la grande quantité de charbon qu’on y retrouve.[41]
Une autre formule fut un mélange à base de chaux et de marne. Pour rendre
cette pâte plus compacte et solide, on lui a ajouté de la poterie finement
triturée.
Les deux genres de mortier se rencontrent un peu partout le long du
littoral syro-libanais et dans tous les édifices, religieux ou militaires
francs, du Moyen-âge syrien.
Les deux mélanges se révèlent être, à longueur de temps, très résistants,
même plus résistants, parfois, que les ciments d’aujourd’hui. De couleur
différente, les deux mortiers sont reconnaissables à vue d’oeil. Le premier a
une couleur jaune délavée par le gris de la cendre ajoutée; le second se
présente sous la couleur grisâtre de la marne dont il est composé.
3- L’appareil:
Trois sortes d’appareil se superposent ou bien se côtoient dans les
constructions du Moyen-âge cobiathin. Le même mur présente parfois le triple
appareil superposé, ou bien, le même ouvrage a trouvé plus facile à loger dans
ses murs l’appareil d’antan plutôt que d’en tailler un autre. Souvent, les
tâcherons ont vite fait de débiter en petit appareil et, c’est là le malheur,
l’imposant monolithe du passé.
- L’appareil phénicien:
Deux qualités importantes caractérisaient l’architecture phénicienne le
monolithisme et le mégalithisme.
- Le monolithisme, c’est l’emploi d’un seul bloc de pierre dans la construction
il s’agit de creuser une maison, une tombe ou bien de tailler une colonne dans
un bloc rocheux unique. Ce monolithisme a fait la renommée des Phéniciens.
Rappelons, à ce propos, la célèbre ”maison de Amrit” taillée avec ses chambres,
ses diwans, ses espaces et ses portes dans un même rocher. Le célèbre temple de
la même cité est, lui aussi, un exemple de ce monolithisme géant. Nous pouvons
toujours admirer les murailles de l’île d’Arwad ainsi que ses célèbres
huileries et magasins creusés, tous, à même le rocher. Dans le Cobiath, nous
pouvons toujours admirer les énormes blocs du temple de Hilsban, les temples
impressionnants du Akroum ou bien, celui, non moins admirable du Maqam Er-rabb
de Menjez.
- Le mégalithisme est une conséquence logique du monolithisme puisque opter
pour l’unicité, c’est, en réalité, choisir le gigantisme.
Ce mode de construire paraît être unique au monde. L’appareil est,
toujours, à joints vifs sans aucun liant. Les murs phéniciens n’ont, en
général, qu’un seul parement fait d’énormes blocs de pierre, finement taillés
et réunis de telle manière qu’il est impossible de placer même une lame de
rasoir dans les interstices.
Un autre trait caractérise l’appareil phénicien c’est la pierre à bossage.
C’est une pierre dont le cadre est finement taillé alors que la face saillante
est laissée au naturel. Ce dernier trait adopté par le Moyen-âge devint un
canon de la construction franque du XII Siècle[42].
- L’appareil syriaque:
Le système du monolithisme mégalithisme a été d’un usage courant dans les
constructions syriaques des premiers siècles chrétiens. L’appareil syriaque
est, relativement, de mesures plus petites que l’appareil phénicien.
Mais, jamais la taille de la pierre n’avait atteint un art aussi raffiné et
aussi luxueux, c’était la fête de la pierre.
Les églises et les édifices anciens de la Syrie centrale, Qalàat Simàan,
QalbLozé et tant d’autres offrent, à ce propos, un spectacle impressionnant.
Le plus admirable dans cet appareil c’est qu’il a été fait de façon à supporter
les secousses de deux mille ans environ, et, à rester debout, défiant le
passage du temps.
Trois traits caractérisent l’appareil syriaque:
1- Le premier c’est l’emploi du bossage constatable dans les murs des
villes et villages chrétiens de la Syrie antique. Citons à titre d’exemple, une
partie du mur nord de l’église de Dahes et de certaines villas de Brad (Syrie
du nord). Au Cobiath, on rencontre l’appareil syriaque à bossage dans le socle
du mur ouest de l’église Notre-Dame de Qammaà.
2- Le second trait consiste à creuser dans un même monolithe les arcades
des portes et fenêtres de façon à avoir un linteau évidé en arc (arcuated
Lintel). Ce système de linteau fut d’un usage général dans les fenêtres et
portes des églises et maisons de Syrie à partir du 5ème.S. Le linteau évidé en
arc est visible dans les baies de Mar Sarkis.
3- La taille de la pierre de façon à se maintenir encastrée l’une dans
l’autre, sans aucun liant, forme une autre caractéristique de la pierre
syriaque.
- L’appareil croisé:
Les Francs ont été de grands bâtisseurs Ils ont remis en oeuvre des
édifices antérieurs comme ils en ont construit des nouveaux; ils ont eu
l’habileté d’assembler dans un même monument le nouveau et l’antique. Il est
très courant de reconnaître dans leurs murs, à côté de l’appareil récemment
taillé par eux, un appareil plus ancien remployé.
L’appareil croisé, généralement dressé avec le plus grand soin, est
assemblé avec une précision parfaite. Il
est, généralement, de moyen échantiIIon; il varie selon les sites et les
édifices, entre 0,55 x 0,35m et lm x 0,75m.
A la chapelle du Felicium, le grand appareil ne dépasse guère 0,75m alors
qu’à la chapelle-donjon de Safitha il a une moyenne de 1 x 075m. Dans les murs
de cette église le remploi de la pierre est frappant alors qu’au Felicium, les
pierres de remploi sont rares.
La taille de la pierre est caractéristique chez les Francs.
Elle est faite au taillant droit à dents d’où les stries parallèles,
obliques ou verticales qui la font reconnaître à première vue. Il serait,
peut-être, utile de dire à ce propos que la plupart des théories créées autour
de cette taille manquent d’objectivité. Cette taille qui, dit-on, marque la
pierre franque n’est pas particulière aux Francs, puisque c’était une taille
d’un usage répandu, soit en France[43]
soit en Orient. Citons à titre d’exemple le bel appareil de Qassre Mriq de
Chouita
La pierre employée par les Francs revêt, généralement, un double aspect,
elle est soit lisse soit à bossage.
L’appareil à bossage procède de l’imitation des murs phéniciens et
syriaques et du remploi de leurs matériaux. Ceci explique, peut-être, les deux
genres de bossage qu’on rencontre dans les ouvrages croisés.
Au Felicium, le bossage grossier semble une exécution native du XII s.
(autour de l’an 1115) alors que le bossage à surface polie semble de remploi à
l’église donjon de Safitha.
L’appareil, cependant, des monuments cobiathins est, généralement, petit
(une moyenne de 0,55 x 0,35m). Parfois, il est à peine dégrossi Comme dans
certaines parties des murs des Saints Georges et Daniel. Ceci indique
simplement une restauration hâtive et maladroite, car l’appareil original,
finement dressé, est d’une très belle facture. On peut l’admirer dans le socle
intérieur de l’abside de Saint Georges, récemment mis à jour (Avril 1985).
4- Les murs:
La structure des murs est partout la même, au Moyen-âge croisé. Les murs
francs et ceux des indigènes ont une même composition un double parement sur
”une âme de blocage” (voir tybo en Atlas). Les anciens édifices de Syrie sont
des constructions de grand appareil à joints vifs. Ce procédé est rare au XII -
XIII siècle, soit dans les églises syriennes, soit dans les constructions
franques. Il est totalement absent de nos monuments cobiathins.
La formation des murs semble être, partout, la même puisque, au fur et à
mesure que les assises montent, les deux parements sont soudés par un bourrage
de pierres sèches noyées dans du mortier. Les deux parements du mur et, c’est
là un usage très répandu au XII - XIII siècle sont reliés, de travers, par une
seule pierre longue ou bien, par un tronçon de colonne antique remployée.[44]
b- Voûtes
et terrasses :
Les églises et chapelles construites par les Francs sont entièrement
voûtées. On y emploie la voûte en berceau, la voûte d’arêtes et le cul-de-four
et au 13ème, les arceaux d’ogive.
On y rencontre, aussi, la combinaison normale du berceau central avec
voûtes d’arêtes aux collatéraux. Le berceau central emploie, parfois, des
doubleaux à simple ou à double bandeau comme les chapelles de Safitha et du
Crac. Parfois c’est la voûte d’arêtes qui est divisée en travées soutenues par
des doubleaux comme la chapelle du Mont-Pélerin à Tripoli. Ainsi, toutes les
églises franques de Syrie sont voûtées, soit de berceau soit d’arêtes ou bien,
les deux à la fois comme la cathédrale de Tartous.
La construction cobiathine ne déroge point à cette règle de la voûte
employée dans les monuments religieux.
Ceci n’interdit point l’existence de la couverture en terrasse, surtout
dans les édifices de moindre importance comme les maisons des particuliers. Les
terrasses pouvaient être faites, suivant les cas, de dalles de pierre comme à
QIehta[45],
ruine à l’ouest du Felicium (5 km environ) qui garde, jusqu’à présent, ses
longues dalles éparses sur le terrain, soit de longs troncs d’arbres et de
broussaille pressée, le tout couvert d’une étanche couche d’argile. Ces
terrasses s’appuyaient sur des supports en bois ou en pierre. Nous avons
retrouvé certains chapiteaux à Chouita et à Qlehta.
Les voûtes, cependant, à l’opposé du système employé par les Francs ne
possèdent point d’extrados saillant, mais, bourrés, les vides existant entre ce
dernier et ses bas côtés, l’ensemble est parementé d’une terrasse unie en terre
battue ou bien en argile, légèrement inclinée sur l’un de ses côtés pour
faciliter l’écoulement des eaux.
Les murs de rive s’élèvent de façon à contenir la surcharge supplémentaire
produite par le remblai. Là où les terrasses n’existent plus, nous avons
retrouvé les rouleaux compresseurs, entiers ou réduits en morceaux, qui
servaient à presser le sol en vue d’en augmenter l’étanchéité. Signalons, à ce
propos, que les villageois du pays continuent à en faire usage là où le béton
armé n’a pas encore remplacé les anciennes poutres noircies et les terrasses
d’argile.
Les églises de Syrie antique, celles de la Syrie du nord en particulier,
étaient jadis couvertes de toitures faites de bois et de tuiles rouges.
Pourquoi donc des voûtes et des terrasses vu que la toiture fait partie d’une
tradition ancestrale? Aujourd’hui même, et, malgré les désastres d’une décade
de guerre malheureuse, les maisons, non encore éventrées de nos villages de
montagne, brillent de tous les feux de leurs tuiles rouges.
La maison c’est le miroir d’une société. Si le Moyen Age syrien a renoncé à
la toiture ancestrale pour la voûte, appelée, dans le pays, « amas de
pierres », malgré tous ses inconvénients, c’est que le changement était
pleinement motivé. La Syrie des premiers siècles chrétiens a joui d’une longue
saison de paix qu’elle ne connaîtra presque plus. La voûte et la terrasse
donnant aux lieux de culte, un caractère défensif, leur choix sera motivé par
l’état d’insécurité dans lequel vivra la population chrétienne de la Syrie
moyenâgeuse.
Les églises, au dire du P. Lammens[46],
avaient des murs épais, des portes basses et des baies en meurtrière, car les
fidèles s’y abritaient en cas de danger.
c- Arcs et Arcades:
Les chapelles cobiathines présentent les mêmes éléments de décor. Les
portes et les baies appliquent un même dessin quand une restauration récente,
souvent de très mauvais goût comme à Saint-Georges de Chouita, n’est pas
survenue. Les mêmes tracés d’arc, cul-de-four et outre-passé dans les absides,
berceau brisé ou arête dans les autres parties de l’édifice, sous - tendent
partout la construction. Nous avons déjà signalé, à ce propos, une exception en
l’arc surbaissé de la voûte intérieure de la porte nord de Mar Sarkis.
Les monuments syriens des Croisés ne s’écartent pas trop de ces règles. A
l’exception de l’arc outre-passé, rarement employé, les Francs ont voûté leurs
absides d’un cul-de-four et leurs nefs de berceau brisé ou bien d’arête, et,
souvent ils ont Jumelé les deux arcs dans le même édifice.
L’antériorité de l’arc brisé chez les Syriens, et l’emprunt auquel ont eu
recours les Croisés ne font plus de doute, aujourd’hui[47].
Il reste toutefois utile de faire des réserves à propos du critérium établi par
certains orientalistes vis-à-vis de l’arc franc.
”La clef est caractéristique de l’arc brisé arabe, écrit le marquis de
Vogué[48].
Elle est, en effet, inutile dans les arcs composés de deux segments de cercle
se butant mutuellement’, elle est remplacée, dans l’art médiéval, par un joint
vertical”.
Il est certain, preuve à l’appui, que dans les constructions syriennes des
Croisés, tous les arcs sont brisés. Il ne serait pas, cependant, exact de dire
que les Croisés n’ont jamais employé que l’arc à joint vertical, c’est-à-dire
sans clef centrale. Ils ont, par contre, fait usage des deux systèmes et l’on
rencontre souvent l’un ou l’autre, ou bien les deux à la fois dans le même
ouvrage.
Les travées de Mar Sarkis et de Deir’Nein (chapelle nord) sont soulignées
par de grandes arcatures composées d’un seul arc de décharge par travée
s’élevant jusque sous l’imposte de la voûte. Ces arcatures sont tracées en
tiers points comme celles des Croisés. Les chapelles sud des deux monuments
présentent, par contre, des voûtes d’ogives. La petite arcature au bas des murs
ne se rencontre que dans la chapelle nord de Notre-Dame de Ghozrata. On en
trouve aussi dans les constructions franques de Tartous. Les églises du Moyen-âge
syrien, ainsi que celles des Croisés sont, en général, couvertes de voûtes.
Cette couverture en berceau, au centre de l’édifice, est copulée à une voûte
d’arêtes qui couvre la nef et les bas-côtés.
Peut-on, dans ce cas, avoir recours à l’un ou l’autre système, comme
critère de datation? Les différences dans le choix de la voûte ne semblent pas
correspondre à des dates différentes, mais bien plutôt à des conceptions
diverses ou bien, à des nécessités différentes.” Peut-être, écrit C. Enlart,
ces deux manières de voûter sont celles de deux régions ou plutôt de deux
ateliers et non celles de deux périodes”.[49]
Les voûtes des édifices cobiathins, berceau ou arêtes, sont couvertes de
terrasses alors que l’extrados des voûtes en berceau, chez les Croisés, est
généralement, apparent, protégé par un enduit[50],
alors que les voûtes d’arêtes portent des terrasses en terre battue.
Les voûtes d’arêtes du Moyen Age syrien sont généralement, d’un beau tracé,
des lignes nerveuses et effilées, formées de l’intersection de deux berceaux
brisés, présentant des volumes aériens très élancés.
d- Peinture et stuc:
Les parois intérieures des monuments cobiathins devaient être couvertes de
peinture. Les murs actuels en conservent, parfois, de petits fragments
estompés. Des traces de peinture s’offrent, au regard attentif, sur la partie
ouest du mur nord qui commande l’accès à l’église de Mar Sarkis. La trace de
ces peintures a été complètement perdue dans les autres églises soit à cause
des incendies qui ont ravagé les lieux de culte lors de l’invasion de Baibars
en 1271 et dont la fumée a laissé ses empreintes sur l’appareil noirci comme
dans l’église de Mar Daniel à Chouita; soit à cause de l’abandon, le mortier s’est totalement détaché au cours
des siècles. Le badigeon bleu-ciel délavé qu’on voyait sur les calottes des
absides des saints Georges et Daniel à Chouita, accusait ouvertement un très
mauvais goût villageois. De facture récente, il vient d’être, heureusement,
enlevé.
Les églises cobiathines devaient être ornées de stuc peint. Les décorateurs
syriens étaient, d’ailleurs fort habiles dans l’art du stucage. La moulure en
biseau qui se profile aux impostes des absides des chapelles du Cobiath est à
peine épannelée. Elle était, comme nous le pensons, destinée à être revêtue de
stuc auquel les décorateurs auraient donné un beau profil.
Disons, enfin, que le même mortier enduit, généralement, le parement
intérieur bien que l’appareil de certaines parties - comme les piliers des
églises des Saints Serge et Bakhos et de Deir’Nein - paraît avoir été préparé
pour assises à joints vifs.
La peinture et le stucage ont donc joué un grand rôle dans l’architecture
de nos monuments ainsi que la peinture l’a eu dans les églises des Croisés.
Les chapelles des Ordres militaires, par contre, et au dire de certains
orientalistes[51], étaient ornées d’une
décoration essentiellement militaire, écus, lances, mors et selles de
chevaux...
Un pur hasard vient de prouver qu’il y avait plus que ce décor dans
les-dites chapelles. Dans celle de Marqab, par exemple, chapelle, jadis détenue
par l’Hôpital, et, très bien conservée, des peintures qui ornaient l’abside et
les voûtes en berceau des deux sacristies, ont été récemment mises à jour. La
sacristie nord qui ouvre directement sur le sanctuaire, possède une très belle
”Dernière Cène” peinte sur le berceau central.
La petite église semble avoir, extérieurement, la forme modeste des maisons
qui l’entourent. Et, si ce n’était le petit clocher typique qui la surmonte, il
serait peut-être, difficile de la reconnaître dans la dense agglomération que
formaient jadis les villages maronites.
Les antiques villages du pays étaient, souvent, construits sous le signe de
la densité. Les maisons, de forme rectangulaire, basses et humbles, étaient
collées, littéralement, les unes aux autres. Les murs mitoyens étaient doubles,
c’est-à-dire, on plaçait le mur d’une demeure collé à celui de l’autre. De
petites baies perçaient les murs médians de façon à permettre une liaison
continue dictée par les nécessités de l’état permanent d’insécurité qui
conditionnait la vie du petit peuple. Soit voûtées, soit surmontées d’un toit
fait de solives et de chaume, les maisons étaient couvertes de terrasses en
argile pressée. Les édifices encapuchonnés de tuiles rouges étaient fort rares.
Mises à part quelques grandes églises, les constructions couvertes de
tuiles pouvaient, seulement, appartenir aux notables du pays.
Malgré la simplicité de son aspect extérieur, l’église maronite appliquait,
normalement, les canons de l’architecture traditionnelle. Celle-ci présente
certains traits originaux, tout en étant soumise aux données de la tradition
syrienne locale. En résumé, l’art syriaque peut être défini, nous l’avons
souligné plus haut, comme un amalgame de traditions syriennes et de
particularités maronites.
a- Cloches et Clochers:
“ Le droit de Dieu est véridique!” s’exclament nos vieux paysans, à chaque
fois qu’une cloche d’église sonne. Comment la voix du Seigneur parvenait-elle
aux oreilles des fidèles? L’appel à la prière s’est-il toujours fait au moyen
de la cloche?
La cloche semble avoir fait sa première apparition en Europe au cours du
5ème siècle[52].
En Syrie, affirme le Père Boutros Daou[53],
il est communément admis que l’usage des cloches dans les églises ne fut pas
instauré avant le VII ou le VIII s. C. Enlart écrit, à son tour ”les cloches
n’étaient pas en usage en Syrie avant l’arrivée des Croisés bien qu’elles
fussent adoptées dès le IX s. dans d’autres parties de l’Empire d’Orient”[54].
Le Patriarche Addouaïhi écrit à ce propos ”les naqous (tocsins) sont placés
dans la nef pour appeler les fidèles à se réunir pour la prière. Ainsi que les
rois ordonnent de sonner du cor lors des batailles, les pères ont ordonné aux
diacres de sonner du tocsin pour combattre l’ennemi...”
“... Dieu a ordonné au peuple d’Israël de les (les Naqous) utiliser comme
les cors dont sonnaient les prêtres pour appeler le peuple et battre
l’ennemi...[55] “ [56]
Comment faisait-on, alors pour appeler les fidèles à la prière?
Avant la libération de l’Eglise par Constantin, l’appel à la prière devait
se faire très discrètement, vu les menaces qui pesaient sur les fidèles. Les
communautés étaient généralement composées d’un nombre très restreint de
‘frères”, aussi l’heure du partage eucharistique ou bien la venue d’un apôtre
s’annonçait-elle de bouche à oreille, plus tard, le christianisme devenant
prépondérant, il a fallu trouver d’autres moyens: des tours dressées séparément
ou bien placées aux côtés de l’église permirent d’appeler, à la voix, les
chrétiens à la prière. Durant la journée, il fallait faire parvenir la ”vox
Domini” aux fidèles dispersés dans les champs. On inventa le naqous ”composé,
au dire, de HC Butler, de poutres de bois qui se heurtaient avec un son
profond”[57]. Butler insiste sur le
dispositif qui couronne la tour isolée du couvent de Qassre-el Banat en Syrie,
où deux arches robustes traversent la salle, arches auxquelles a pu être
suspendu l’instrument[58].
D’origine monacale le naqous restera longtemps le seul moyen employé par les
moines pour marquer les grands moments de la journée. Certaines communautés
religieuses, les Carmes déchaussés par exemple, font usage jusqu’à présent d’un
instrument beaucoup plus petit mais parfaitement identique à l’ancien naqous~
Les tablettes (Traccola).
Au témoignage de Addouaïhi, l’emploi du naqous en bois, persista jusqu’à
l’établissement du Royaume Latin d’Orient. Les naqous en bois furent alors
remplacés par des instruments en fer et ceux-ci firent entendre leur premier
son vers l’année 1112[59].
Quant aux cloches, importées ou fondues sur place par les colons latins, ”elles
durent être longtemps rares, car plusieurs églises n’ont reçu de clochers
qu’après Coup.”[60]
- Les clochers:
Dans l’économie de l’architecture religieuse maronite, le clocher
constituait un élément secondaire rarement intégré dans le plan de l’ensemble[61].
Ceci est fort compréhensible puisque, comme nous l’avons vu plus haut, l’usage
des cloches a été emprunté aux Latins du XII s. ”Non enim hujusmodi soni aut
signa visa vel audita sunt ante hos dies in
lerusalem”[62]. Cette secondarité du clocher doit-elle,
cependant, signifier son ignorance ou son inexistence dans l’Eglise de Syrie?
Jean Lassus a conclu qu’un certain nombre d’églises
syriennes, datées de la période qui précède le VII s, ont de véritables
clochers[63].
Pourtant, ces tours sont, généralement isolées ou bien, harmonieusement
raccordées à l’ensemble comme la tour du monastère Saint Georges à Sameh (Syrie
du nord) datée de l’an 624. L’art du clocher partie intégrante d’un plan
d’ensemble, appartient aux périodes postérieures. Dans les églises maronites de
l’époque croisée, les cloches, au rapport de C. Enlart, seront fort rares, plus
rares seront encore les clochers dont on ne retrouve plus aucune trace si
jamais ils ont existé.
Les Francs, par contre, ont élevé beaucoup de
clochers le seul souvenir qui en vit
jusqu’à présent, c’est le petit clocher du monastère de Belmont au sud de
Tripoli édicule carré bâti après coup sur la voûte de la nef...[64]
D’autres églises, comme celles de Tartous et de Beyrouth conservent la partie
inférieure des tours. La grande mosquée de Tripoli garde encore intact, le beau
clocher, au style lombard, de l’antique cathédrale franque, Notre-Dame de la
Tour.
Les clochers maronites, même les plus anciens, remontent
généralement au XIX s. Ces petits clochers, à caractère très particulier sont
formés d’édicules carrés terminés par des arcades sur pieds droits surmontés
d’une coupole en pierre. Le clocher est, généralement, d’une exécution très
soignée.
b- Abside et coupole:
La coupole est d’origine mésopotamienne et syrienne à la
fois. Passée en tradition dans l’architecture syrienne, elle a été largement
représentée par les maisons d’argile, de forme conique, disséminées jusqu’à
présent le long de l’autoroute qui relie Homs à Alep.
La coupole n’est donc pas une création maronite, elle
constitue, pourtant, un trait particulier de leur architecture.
”Les Syriens (du IV-VII s.) n’ont employé dans leurs
églises, ni coupoles ni voûtes. Toutes leurs églises et leurs demeures sont
couvertes de bois et de tuiles rouges. Ils ont, parfois, fait usage de la
coupole dans la construction de leurs tombeaux comme ceux de Bizos et de
Roueiha... Ecc.
Ils ont eu recours à la coupole en bois ou pyramide en
bois, de forme octogonale comme dans l’église de Mar Simaan. Leur emploi de la
coupole a précédé l’entrée de celle-ci dans l’art de la construction
byzantine...[65]
Plusieurs de leurs petites églises sont couvertes d’une
coupole ou d’un dôme bas et aplati à la manière des mosquées moyenâgeuses de
Tripoli. Citons à titre d’exemple l’église Mar Simaan de Jbaïl qui date de la
fin du XIIs.
La coupole est visible surtout dans la couverture des
absides. Les sanctuaires syriaques ont employé soit l’abside semi-circulaire
saillante à l’extérieur, soit, parfois, la demi-circonférence, à l’intérieur,
enveloppée d’un ouvrage de forme octogonale. Les églises maronites de la
période franque font un usage régulier de l’abside semi-circulaire libre ou
prise dans un massif carré et couverte d’une calotte en forme de demi-coupole.
La coupole était régulièrement employée comme couverture
des autels maronites, ceux ci, dans les grandes églises, étaient surmontés
d’une sorte de baldaquin, id est de coupole sur colonnettes. Addouaïhi en fait
(coupole et abside) des canons de l’architecture maronite.[66]
Les monuments cobiathins ne font point exception à ces
règles. Leurs absides, dégagées ou empâtées, malgré certaines réparations
malheureuses, portent toujours leurs vieilles et admirables calottes en
demi-coupole.
Quant à l’autel surmonté d’une coupole, bien qu’il
n’existe plus, aujourd’hui, il devait normalement orner les sanctuaires
cobiathins, une très belle table d’autel, rectangle de pierre sukkaré, percée
de trous carrés pour recevoir les colonnettes du baldaquin, a été retrouvée,
brisée et enfouie dans une vieille mastaba qui servait d’autel à Saint Georges
de Chouita. Une autre table appuie sur le mur ouest de la chapelle sud de
Notre-Dame de Ghozrata.
La latinisation accélérée surtout par l’école maronite de
Rome (XVIème.s.) a estompé la plupart des traits caractéristiques de
l’architecture maronite et les églises du Liban tendirent de plus en plus à
s’identifier avec des modèles imités. Absides et coupoles disparurent pour
faire place à un sanctuaire au mur de fond vulgairement plat.
c- Peinture et sculpture:
Les Maronites appartiennent à une nation fondamentalement
orientale, c’est-à- dire, profondément mystique, mysticisme qui, refusant tout
commerce exagéré avec la matière, a fait une place prépondérante à la vie de
l’esprit. Les conséquences de cette tendance eurent leur impact sur le plan
social. Fortement spiritualisée, la société syro-maronite, se développa a partir
d’un noyau religieux, trois lignes de vie extrémistes en furent les conséquences:
les Cénobites, les Reclus et les Stylites fleurirent autour de la souche
monacale maronite. Ce mysticisme fit que les Maronites ainsi que leurs
confrères de l’Islam, refusèrent la pratique de la statuaire qui sentait alors
l’odeur récente du paganisme.
“ ... Le fait de vivre sur une colonne, imaginé en Syrie,
par le grand Saint Siméon le stylite, au cours du 5ème s. revêt un aspect
extraordinaire dans le mouvement cénobitique en Orient. Les stylites étaient
des ermites vivant sur des colonnes qui avaient survécu à la destruction des
temples païens. Leur but était l’union plus profonde avec Dieu. Ils passaient
toute leur vie sur la colonne presque sans aucun mouvement...”
“ ... Les stylites... restèrent, sur les sommets des
colonnes, loin des gens, mais, à la fois, en relation directe avec les soucis
quotidiens de leurs contemporains. En vérité, ils étaient des apôtres par leur
exemple et leurs paroles. L’aventure de ces gens ”ivres de Dieu” a laissé une
influence extraordinaire sur la population rurale qui accourait au pied de la
colonne. Les stylites devinrent aux yeux de la foule un exemple surnaturel de
l’amour de Dieu et de la persévérance dans la foi...”
“ ... Pour montrer aux païens, la grandeur du
christianisme le peuple devait vivre la vie monacale et la spiritualité du
stylite... en menant une vie communautaire axée sur la pauvreté spirituelle,
l’abnégation, le travail manuel et la charité fraternelle... ”[67]
Certains studieux ont accusé les premiers artistes
syriaques d’incapacité artistique. ”Rompus aux finesses de l’art décoratif...
ils avaient peu l’habitude de la figure humaine”[68].
L’art syrien des premiers siècles s’est, sans doute, montré avare de
représentations humaines. ”Après avoir étudié les diverses représentations
parvenues jusqu’à nos jours, nous devons avouer que la plupart manquent de
finesse. Ces représentations sont souvent enfantines, et, parfois tellement
schématisées qu’on peut à peine les reconnaître. ..”[69]
Pourquoi les représentations humaines sont-elles ainsi
stylisées? Est-ce, vraiment, manque de talent?
La raison ne doit pas être recherchée dans l’incapacité
des artistes syriens. Il faut plutôt retenir que ”cette façon de représenter la
figure humaine répondait à une théologie de l’image, c’est-à-dire à une
représentation de thèmes religieux à travers des symboles. ..”[70]
Remarquons que le christianisme pénétra en Syrie avec un
cachet bien marqué de Judaïsme. Aussi les Judéo-chrétiens, comme les juifs,
respectant la prohibition de la représentation de la figure humaine,
recherchèrent-ils donc des signes souvent très compliqués dans l’expression de
leurs croyances.[71]
Ces normes du symbolisme chrétien de première époque,
persistant jusqu’après l’avènement du règne latin, les monuments cobiathins ne
dérogèrent point à ces règles, d’où l’absence totale de toute sculpture
religieuse.
La peinture, par contre, joua un grand rôle dans l’art
religieux maronite de la période franque.
L’intérieur de leurs églises était, généralement, couvert
de très belles fresques. La beauté de l’appareil n’a pas empêché qu’on ait
entrepris de le couvrir entièrement de peinture.
Deux thèmes président, généralement, à la peinture
rituelle maronite:
- La figuration du ”Deus Sabaoth” peinte sur la paroi
intérieure du cul-de-four absidal constitue un sujet liturgique obligatoire.
”Les Saints Pères peignaient le Dieu Sabaoth dans les absides des églises,
assis sur le trône de majesté. Ils figuraient aussi, les faces des quatre animaux
autour du trône avec les anges debout; ceux-ci Lui offrent l’encens au milieu
des lumières brillantes afin que le prêtre élève le regard vers lui alors qu’il
offre les supplications pendant le mystère de la messe divine”.[72]
“... Enfin on peint le Deus Saboath dans l’abside afin
que le prêtre élève son esprit et ses offrandes à Dieu. Au-dessous de cette
image et autour d’elle, on peint les personnages des anges et des saints
auxquels les autels et les églises ont été consacrés. Sur le rideau de la porte
(la porte royale) on peint saint Michel pour signifier au peuple l’interdiction
d’entrer...[73]
“... Pour cela on peint le Dieu Père sous les traits d’un
vieillard vénérable... “
”... Dieu a établi, dans l’Ancien Testament de peindre,
dans le ”Saint” les figures des Chérubins afin de faire connaître les anges au
peuple... “
“ ... Ces anges étaient peints sous les traits de jeunes
gens portant des ailes, leurs corps, leurs dos, leurs mains et leurs ailes
étaient pleins d’yeux”[74]
- L’autre thème favori de la peinture liturgique maronite
était ” la dormition de la Vierge”. L’église de Maad, l’un des plus anciens
sanctuaires maronites du Liban (VII s.), conserve précieusement une fresque
représentant le repos de la Sainte Vierge.
Marie est étendue sur son lit de mort, entourée des disciples tout
tristes. Le Christ, debout entre deux anges porte dans ses mains l’âme de sa
Mère.
A Qannoubine, siège patriarcal à partir de 1440, une
large fresque représente ”Notre-Dame, la Sainte-Vierge”. Marie est couronnée,
au ciel, par la Divine Trinité, alors que sur terre les patriarches maronites
prient, rassemblés, autour de son lit de mort.
La même configuration se répète à peu près dans une
fresque peinte sur le mur nord du sanctuaire de Saidet-el-Ghassalé à Cobiath.
Mais au lieu de la Ste. Vierge, la peinture de dimensions
réduites (55 x 35), représente le Christ détaché de la croix et posé, étendu
sur son lit de mort. Au lieu de patriarches ou d’orants quelconques, ce sont
deux anges Qui attendent, aux coins du lit, le moment d’accompagner notre
Seigneur dans son envol vers le ciel.
Ces deux thèmes de peinture rituelle illustrent
parfaitement le fond de la liturgie eucharistique chez le peuple maronite.[75]
”... Les images furent peintes du temps-même du Sauveur.
Saint Jean Damascène et Adrien, pape de Rome, et beaucoup d’autres racontent
que le Seigneur a envoyé son image au Abjar, roi d’Edesse. Cette image le
guérit de son mal et la ville échappa à l’incendie et ceci d’après le
témoignage de l’historien Augerius...”
“...Quand la puissance des infidèles diminua, leur
domination s’évanouit et la religion chrétienne se répandit, Yazid fils de
Abdelmalek, dixième des Califes omayyades à Damas, ordonna de supprimer les
images des églises des chrétiens soumis à son autorité. Il avait agi, en l’an
centième de l’Hégire, sous l’instigation d’un juif originaire de Laodicée de
Tripoli...”[76]
d- Le Bema:
Le mot est grec dans le sens d’arche du tribunal: Employé
souvent dans l’Evangile[77],
plus tard, il aura plus d’un sens dans l’architecture et la liturgie
religieuses. Il signifiera, d’abord, le trône de l’évêque, placé dans le sanctuaire,
il indiquera, aussi, l’ambon dressé dans la nef, comme il indiquera, en
troisième lieu, une estrade ou exèdre ”attestée par un socle s’avançant dans la
nef, au niveau du sol du sanctuaire’, une ouverture spéciale du chancel en
permet l’accès...”[78]
Sur cette estrade, il y avait un trône en pierre, entouré
de six sièges à droite et de six autres à gauche où s’asseyaient généralement
les officiants. L’ancienne liturgie eucharistique maronite développait sa
première partie sur ce béma placé dans la nef de manière à faire participer à
la cérémonie les deux catégories du peupIe, les femmes et les hommes[79].
”Chez les Jacobites, la nef des églises primitives comme
celle de Kfarza, consacrée au culte de Mar Azazîl (fin V S. - début VI s.)
était divisée en deux parties par un muret de 0,50m de hauteur: une partie
était destinée aux hommes, une autre aux femmes. .. [80]
“ ... Quant aux femmes maronites, elles se parent de
politesse, de vertu et de piété. Elles portent des habits simples et longs
jusqu’au sol, habits qui couvrent tout leur corps. Ces habits sont faits, le
plus souvent, de coton blanc, violet ou bleu...”
” ... Quand les femmes viennent à l’église, elles ne se
mêlent pas aux hommes mais elles s’assoient séparées, à côté de la porte où les
hommes ne les voient pas et où il leur est facile de sortir avant ces derniers,
quand la prière est finie. A leur sortie de l’église, tous les hommes gardent
leurs places. ..[81]
Ajoutons à ce propos, que la coutume d’une certaine
séparation persiste jusqu’à présent dans les églises des villages. Normalement,
la place des femmes pouvait être, soit à côté des hommes comme dans les églises
à béma, soit derrière les hommes. Particularité à ne pas oublier: chacune des
deux catégories du peuple avait son entrée particulière.[82]
Le béma faisait partie intégrante de l’architecture
maronite. Il est cité, à plusieurs reprises, par le patriarche Douaïhi dans
Manarat el Aqdas ”... Les estrades qu’on
dresse dans la nef, sont placées, par les uns, au fond du vaisseau, par les
autres, au centre de l’église, elles sont, parfois, situées au nord du chancel,
pour y lire l’Evangile, les Epîtres, pour la prédication, la liturgie du Saint
Chrême, la célébration des martyrs et autres...”[83]
Le béma n’est pas une invention des Maronites bien qu’il
fût adopté, d’une façon particulière et très tôt, par eux. La raison
fondamentale, qui a poussé à l’adoption du grand béma au centre de l’église,
n’a pas été la liturgie eucharistique, bien qu’on y ait observé parfois la
présence d’une table d’autel[84].
La véritable raison c’est, en réalité, le recours au système des deux chœurs
dans la prière liturgique[85].
e- Le système des deux choeurs:
D’après Socrates le système des deux choeurs et des
antiphones alternées dans le chant et la psalmodie liturgiques, est dû à Saint
Ignace l’illuminé (+107) ”... Ignace, évêque d’Antioche en Syrie, troisième
après l’Apôtre Pierre, bien qu’il a vécu avec les Apôtres a vu, une fois, les
anges louer la Sainte Trinité par des
cantiques chantés par deux choeurs alternés. Cette façon de psalmodier, vue en
vision, il l’a confiée à l’Eglise d’Antioche d’où elle se répandit comme une
tradition dans toutes les Eglises...[86]
“Dans l’Eglise maronite, c’était tout le peuple présent
dans la nef qui chantait en choeurs alternés. Le peuple formait dans la nef
deux groupes, présent l’un dans la partie sud et l’autre dans celle du nord
séparés antiquement par le bêma. Sur ce dernier s’asseyait le clergé et c’était
de là qu’on dirigeait la prière liturgique et la psalmodie antiphonale”[87]
f- Chancel et Rideau:
D’origine antique, l’usage de séparer le Saint des Saints
de la nef était de tradition dans l’Eglise maronite.
”... Dès le commencement, les Pères ont séparé entre le
Saint et le Saint des Saints par un mur en maçonnerie comme ils ont voilé le
Saint par un chancel dont les portes s’ouvraient rarement sur la nef...”
“... Mais dans le Nouveau Testament, les Pères ont statué
de ne pas interdire au peuple la vision des saints mystères vu la liberté que
le Seigneur leur a acquise par ses souffrances...”
“... Le chancel s’érige au centre car notre connaissance
de Dieu n’est pas parfaite...”
”... Le chancel s’érige entre la nef et le Saint... ”[88]
Il ne s’agit pas, à vrai dire, de l’iconostase grec ou
d’un mur de séparation: ”Nos Saints Pères ont statué que les portes du chancel
(Darbsin) soient ouvertes, que ses parois ne soient pas obstruées mais trouées
à la manière d’un filet de sorte que tout le monde puisse voir les Saints
Mystères. Mais ils ont, aussi, ordonné aux diacres de tirer les voiles, à des
moments déterminés, par respect pour le Saint Sacrement”[89]
Ce chancel ressemblait un peu à la grille d’un
confessionnal, mais il était doublé d’un rideau.
“... Dieu a ordonné qu’il y ait deux rideaux dans le
sanctuaire, l’un séparera la nef du Saint et l’autre séparera ce dernier du
Saint des Saints...
Les portes du chancel doivent être ouvertes et ses murs
ne sont pas obstrués, mais...”
”Nos saints Pères ont ordonné de tirer les rideaux par
respect pour les Saints Mystères à certains moments de la prière”
Lors de la récitation du Credo.
Lors de la Consécration.
Lors du partage de l’hostie.
Lors de la Communion...”[90]
La fonction du béma n’est donc pas eucharistique,
c’est-à-dire, le béma n’a pas été créé pour servir de table d’autel même s’il
le fut quelques fois.
Il a servi, surtout, à diriger le peuple dans le chant
liturgique alterné, comme on y développait toute la première partie du
symposium, c’est-à-dire la messe dite des cathécumènes. Le béma prit naissance
dès le temps de Saint Maron (IVs) dans les églises maronites de Syrie, puis il
se répandit au Liban où il est visible, jusqu’à présent, dans les églises des
antiques résidences patriarcales de Yanouh, (Vième.s.) et d’Ilige (caza de
Jbail) en l’année 1120.
On en voit, encore, un tronçon antique parmi les
décombres de Harbaara dans le wadi Khaled, comme une partie de l’ancien chancel
se trouve en place dans l’église de Notre Dame de Hadtoun (Jbail).
Les sanctuaires du Cobiath conservent parfois quelques
traces du rideau. Nous citons, à titre d’exemple seulement, la chapelle nord de
l’ensemble de Notre-Dame de Qammaa récemment mise à jour. Elle garde encore, au
niveau du point de décrochement de l’arc triomphal, les entraits aménagés, à
l’origine, pour la traverse qui devait porter le rideau liturgique.
L’architecture religieuse syriaque, paralysée, à peu
près, par la conquête islamique du septième siècle, perdit de son originalité
depuis que l’Eglise maronite commença de se rapprocher du monde latin dans ses
programmes liturgiques et architectoniques.
Les historiens maronites ont, généralement, tendance à
minimiser cette transformation, mais la latinisation est beaucoup plus profonde
qu’ils ne le laissent entendre. Déjà, vers la fin du XIX s., le Père Lammens,
criant gare à la destruction des vétustes témoins de l’ancien art religieux
maronite du Liban, déplorait l’imitation appauvrissante de l’Occident.[91]
a- Etapes.
L’histoire de l’échange artistique entre Occident et
Moyen Orient, connut, sur le plan religieux, deux grandes phases entrecoupées
d’événements historiques importants.
a- La première étape s’étend sur toute la période qui va
du quatrième jusqu’au septième siècle.
Cette période, marquée par l’influence de l’art oriental
sur les arts occidentaux, connut un génial épanouissement fait par les
chrétiens de Syrie dans l’élaboration du plan de leurs basiliques.[92]
Nous avons, déjà, signalé l’émigration du peuple syriaque
vers l’Europe, ainsi que l’établissement des échelles commerciales européennes
sur les côtes de la Méditerranée orientale. L’intensité des rapports
économiques entre les deux ailes du monde chrétien d’alors, accentua l’impact
des influences mutuelles de telle sorte que, mis à part certains détails des
programmes liturgiques propres aux églises, il serait fort difficile de faire,
sur le plan architecture religieuse, la part respective de chaque art. Ces
détails, par ailleurs, pourraient être, plutôt, des signes de reconnaissance
que des critères de définition, car négliger la part des conditions
climatiques, de la nature des matériaux en présence, des caractères
socio-démographiques dans l’élaboration d’un art, serait, en réalité, commettre
une grave erreur historique.
Cette première période connut une production artistique
surprenante. Les plus beaux monuments religieux de la Syrie antique remontent,
en effet, aux siècles pré-islamiques. La conquête musulmane, commencée vers le
milieu du VII s. arrêta net l’élan du développement de l’art chrétien de Syrie
en soumettant la population locale à des conditions de vie avilissante. En
fermant les ports et en bloquant les routes du commerce au Moyen Orient, l’élan
culturel et artistique s’accentua en Europe par l’émigration des maîtres d’arts
syriens, alors que l’art chrétien de Syrie connut une longue période de
léthargie. La politique menée par l’Islam officiel étouffa toute reprise
valable de l’architecture religieuse chrétienne, et, rares pour ne pas dire
inexistantes, les églises qui relèvent de la période islamique. Les monuments,
qui en datent, peuvent tout au plus enregistrer un témoignage douloureux de
l’existence, plus ou moins, latente de l’église du Liban.
b- La
phase franque:
La seconde phase se caractérise par un contact direct
entre Orient et Occident. L’échange qui, jadis, s’opérait par intermédiaire
donc partiel et sporadique, se réalise, aujourd’hui, d’une façon profonde et
massive.
Dans la première phase, les emprunts culturels et les
influences artistiques s’effectuèrent par le biais de commerçants, de pèlerins
et d’artistes de passage , l’établissement des Latins en Syrie, mélangea les
cartes et mit, face à face, peuples et civilisations. Cette confrontation,
directe et intense, fut à l’origine d’une féconde créativité artistique.
Les hasards et les nécessités de la coexistence firent
des habiles maîtres-d’oeuvres syriens des maîtres engagés. Ils fournirent toute
leur expérience du terrain, du climat, des matériaux, ils offrirent, amplement,
modèles et programmes aux nouveaux gouverneurs du pays.
Mais, bientôt, ils empruntèrent à ces derniers tellement
qu’ils risquèrent de perdre leur propre cachet.
”Entre Maronites et Francs régna toujours la plus grande
cordialité”[93].
Celle-ci s’explique aisément quand on pense que “les Maronites se considéraient
comme en parfaite communion de foi avec l’Eglise de Rome”. Thomas[94],
évêque maronite de Kafartab en Syrie du nord, l’affirmait à la veille des
Croisades. On trouve une nouvelle preuve de cette conviction dans la facilité
avec laquelle les Maronites se prêtaient à l’adoption de certains usages latins
comme le port de l’anneau, de la mitre et de la crosse par les prélats, alors
que les autres chrétiens d’Orient n’en voulaient rien entendre.[95]
Quelques-uns des faits attestés par J. de Vitry, ont été
illustrés par certaines peintures qui ornaient les absides des deux églises
maronites de Maad et de Behdidat. Ces peintures, antérieures au XIII s.
représentaient Saint Jean Maron et Saint Cyprien revêtus du pallium et portant,
chacun, une mitre[96].
Ces peintures existaient encore au temps du Patriarche
Douaihi (+ 1704).
L’action du cardinal Pierre d’Amalfi, légat d’Innocent
trois, marque le début d’une latinisation officielle.
Innocent trois écrivait, en effet, aux Maronites ”Ayant
vu qu’il vous manquait certaines choses, le dit cardinal a eu soin d’y suppléer
par la plénitude de l’autorité apostolique... En fils obéissants, vous avez
accepté toutes ces choses avec humilité et soumission. Approuvant ces
prescriptions et ordonnant qu’elles soient inviolablement observées, nous
décrétons que les prélats établis dans les contrées maronites portent, à la
manière des Latins, les vêtements et les insignes pontificaux qui leur
conviennent, se conformant en tout et avec plus de soin, aux usages de l’Eglise
Romaine”.[97]
Le pouvoir pontifical, les missionnaires, la plupart des
Maronites formés à Rome, ont été, sans doute, les artisans de cette
latinisation.
c- Latinisation
de l’architecture religieuse maronite:
L’art de la construction religieuse maronite de l’époque
franque révèle une double phase:
1- avant :
La phase d’avant la latinisation s’étend sur la première
moitié du XII s. Les édifices religieux de cette phase dénotent une fidélité
aux traditions ils appliquent les canons architecturaux conformes aux besoins
du culte. Les églises de Saint Georges à Ehden, de Mar Saba à Bcharré
construites entre 1111 et 1113 appliquaient la règle de la séparation entre les
femmes et les hommes avec les accès relatifs; abside et autel répondaient
parfaitement aux lois de l’architecture religieuse maronite; le béma conservait
sa place au centre de l’église ou bien dans un angle de la nef[98]
alors que les clochers typiques, visiblement collés, dénotaient un ajout
postérieur du XVIII - XIX s.
2-
La phase de la latinisation:
A partir de la seconde moitié du XIl s., commença
réellement la latinisation de l’Eglise maronite. Les conséquences de cette
latinisation furent nombreuses: traditions perdues, coutumes acquises,
l’influence latine ne se fit pas seulement sentir dans l’habillement du clergé
ou bien dans la liturgie maronite, mais elle se montra surtout dans l’architecture
religieuse qui dérogea d’une façon frappante aux règles fixées par les Anciens.
a- l’abside :
L’exemple de l’abside, si symbolique dans la liturgie
maronite, est fort remarquable, elle représente en effet, le sein du Père[99].
D’après la tradition et les prescriptions des Anciens Pères, l’abside,
raccordée à la nef du côté de l’Orient, devait être saillante, dégagée et, demi
circulaire ou polygonale. Empâtée quelquefois dans un ouvrage carré ou mieux
dans un chevet droit, elle perdit petit à petit sa partie saillante pour
devenir un simple mur droit dont la paroi intérieure a été ornée d’une série de
voussures superposées, en forme d’arc brisé sur pied- droit.
”Les Maronites ont, sans doute, négligé la construction
des absides depuis qu’ils se sont rapproché des Latins dans leur liturgie et
leur culte...[100]
La plupart des restaurations ayant été faites sans aucun
contrôle scientifique, et, toujours dans l’objectif de préparer une place
convenable pour un piètre tableau rapporté de Rome par un pèlerin ou bien
offert en ex-voto par un émigré, les absides ont été détruites ou bien
complètement transformées.
b- Les
autels:
Depuis l’installation des Latins en Orient, les prêtres
maronites ayant contracté l’habitude de célébrer dans les églises des premiers,
ils ont, vite, imité la façon latine de construire leurs autels. Ceux-ci,
cessant alors d’être des tables de sacrifice, surmontées, comme antan, de
belles coupoles, deviennent des objets en forme d’escalier, avec palier
central, encombrants, laids et grossiers. Le marbre importé d’Italie ou bien le
bois y ont remplacé la belle et solide pierre du pays. Généralement collé à la
paroi intérieure du mur de chevet, l’autel porte au centre de son plus haut
gradin une boîte quelconque plus ou moins ornée d’un décor de très mauvais
goût.
… On dresse l’autel dans ”Beit el qods” (le Saint) devant
le trône et à la droite de celui-ci...”
”... Nos anciens Pères dressaient les autels en bois par
crainte des infidèles dont les persécutions les empêchaient de s’établir...”
” ... On construit l’autel élevé car les oblations
s’offrent seulement au Dieu du ciel... Les Pères n’ont pas permis de le coller
au mur mais ils ont ordonné de l’en éloigner, semblable en cela à la pierre
dressée par Jacob...
Pour les bénédictions qui se déroulent autour de l’autel
lors de sa consécration... Pour avoir plus de place dans l’église, les Pères
ont ordonné de plier le mur oriental en hémicycle comme dans toutes les églises
d’Orient”.
“... Dans le nouveau Testament, l’Eglise a ordonné de
mettre un escalier sous l’autel du côté de l’ouest et un autre escalier au
dessus du côté de l’est”[101]
Le tabernacle contient le pain eucharistique, celui-ci
jadis, vrai pain, conservé ailleurs, dans la ”Khizanat er-Razat” avec les
autres substances sacramentelles, est devenu sous l’influence latine, la petite
et mince hostie gardée dans un ciboire d’importation sur l’autel même du
sacrifice.
“ ... Avant la lecture des livres saints, on n’exposait
pas les Mystères sur le grand autel, mais sur le petit autel qui était caché
afin que les catéchumènes, ne pensent pas que les chrétiens appliquent les
usages juifs ou bien qu’ils sacrifient comme les infidèles...”
”... L’Eglise a ordonné que les Mystères soient
transportés, au début du Canon, de la Khizanat à l’autel; à la fin du Canon,
ils seront rendus à leur place dans la Khizanat...”
Les anciens donnaient à la translation des Saints
Mystères un symbolisme liturgique le petit autel indique la croix alors que la
table (grand autel) représente le tombeau... après cette translation on
commence le canon de la messe.[102]
c- Le
clocher :
Les Maronites faisaient leur appel à la prière par
l’intermédiaire du naqous en bois.
”En l’année 1112, à la Montagne, ils commencèrent de
sonner le naqous métallique, à la place des bois, pour la prière”.[103]
Ceci fait que le clocher, aujourd’hui partie intégrante
du lieu du culte, n’avait pas de place réglementaire dans l’architecture
religieuse maronite étant un ajout postérieur.
C’est ce que le père Lammens semble vouloir signifier en
écrivant
“... Le clocher fait partie des éléments étrangers
ajoutés à l’église après sa construction...[104]
Les premières cloches ne trouvant pas de clocher prêt à
les recevoir, furent, sans doute, suspendues aux branches des arbres ou bien,
sur une traverse en bois ou en pierre, soutenue par deux colonnes ou deux
poteaux de même nature. Cette coutume, encrée dans les habitudes du peuple
maronite continue à être employée jusqu’à présent dans les édifices où le
clocher manque. Citons, à titre d’exemple, la belle cloche de Notre-Dame des
Victoires à Qatlabé, suspendue pendant longtemps entre deux sapins devant la
façade nord de l’église.
d- Béma,
chancel et rideau :
Tous ces éléments qui constituaient en Syrie les
caractéristiques des églises maronites furent petit à petit complètement
éliminés. Le béma, qui reste un vénérable souvenir dans certains édifices
désaffectés, se réduit, aujourd’hui, à un pupitre portatif flanqué de deux
bougies électriques. Le célèbre chancel fut abandonné au cours des âges. Les
Maronites seuls, parmi les chrétiens d’Orient qui gardent jusqu’à présent
l’iconostase, ont troqué le chancel et sa ”porte royale” contre un chétif
parapet d’emprunt , alors que le grand rideau d’une fois se réduit,
aujourd’hui, au petit voile qu’on peut voir suspendu à la porte du tabernacle
dans quelques églises d’Occident.
e- La nef:
Les nefs des belles églises maronites de jadis avaient
établi leur renommée, entre autres, sur trois éléments distinctifs et
fondamentaux: un système d’éclairage et d’aération fort avancé par rapport à
leur temps, une couverture, bien originale, faite de deux séries d’arcades
orientées dans les sens est-ouest, et, nord-sud dont le point de croisement
s’appuyait sur des colonnes; et sur la présence du béma.
Or, toutes ces structures ont été éliminées ou, au moins,
transformées. Les arcades et les tuiles rouges sont devenues la pesante voûte
des siècles derniers appelée ”amas de pierres” dans le pays. Aux basiliques
grandioses d’autrefois les Libanais ont préféré le plan, beaucoup plus simple
mais combien plus laid, des chapelles à nef unique ou des deux chapelles
juxtaposées. La nef, meublée jadis du seul béma, était vide de sièges, car ”...
nos Pères, les patriarches, ont négligé l’emploi des sièges et se sont obligés
à prier debout selon la parole du Seigneur:
Si vous vous levez pour la prière, dites
Notre Père qui es aux cieux...”[105]
Les curés, formés au Collège Maronite de Rome ou bien
imitant les églises latines d’outre-mer, remplacèrent le béma par des bancs ou
des chaises.
Les fonts baptismaux, quant à eux, après avoir perdu leur symbolisme à l’entrée de l’église, finirent par être relégués dans quelques coins attenants aux églises comme témoins du passé ou bien remployés dans d’autres fonctions moins honorables. Les Maronites se servent, aujourd’hui dans la cérémonie du baptême, d’une banale bassine d’eau.
“... Ce qui a attiré notre attention dans de nombreux villages
du Liban, écrit le Père Lammens, c’est la présence, à côté de leur église,
d’une autre église collée à elle ou près d’elle de façon à ce que les deux
églises semblent former, extérieurement, un seul édifice. Nous pouvons citer, à
titre d’exemple, les églises des Saints Jean et Tadros à Edée (Jbail) ainsi que
les églises de Chamat et de Toula ... ecc”[106]
“... La plupart de ces églises, ajoute le Père Lammens,
ont été édifiées avant le XIII s.[107]
Le célèbre archéologue se déclare étonné devant le fait mais il n’essaye pas de
l’expliquer.
Une simple comparaison, faite à propos, pourrait être
bien significative dans le cas de nos chapelles cobiathines. Leurs
propriétaires, partie intégrante du peuple maronite, ont appliqué, dans leur
architecture, le programme cultuel et liturgique de l’Eglise-mère.
Des chapelles doubles, pourquoi?
La question se présente, de prime abord, à l’esprit de
l’enquêteur. Plusieurs réponses ont été émises.
Laquelle correspond-elle à la réalité ?
a- Ferveur
religieuse:
Un certain courant a pensé trouver la solution dans le
renouveau spirituel et la ferveur religieuse qui ont fait suite à la conquête
franque et à l’établissement du royaume latin de Jérusalem. On ne peut, certes,
nier le sang nouveau injecté par les Latins dans les veines exsangues de la
chrétienté indigène. La paix et quelque liberté religieuse retrouvées ont, en
effet, relancé la flamme de la foi.
“L’époque des croisades, écrit Pierre Dib, produisit une
véritable renaissance dans l’Eglise maronite. Les monuments de l’art religieux
nous en fournissent la preuve. Si l’on excepte la période romaine, à aucune
autre, l’art de la construction n’a déployé autant d’activité en Syrie... De
cette époque, datent les nombreuses églises... qui couvrent le pays”[108]
Les Maronites ne restèrent pas étrangers à l’activité
artistique de la période latine et, une éclosion architecturale, fort
importante eut lieu au contact des Croisés.
Mais, dirions-nous, si le contact franc a pu pousser les
Maronites à réparer leurs églises et à en construire de nouvelles, comme c’est
prouvé par les nombreuses églises datées de cette époque; si une émulation
pieuse a pu inciter les chrétiens, lesquels avaient les ressources nécessaires,
à édifier des chapelles en l’honneur de leurs saints patrons: “En l’année 1112,
des personnes pieuses ont commencé à construire des églises... le Khouri
Bassile-el Bcharrané avait trois filles: Taqla, Salomée et Maria lesquelles,
faisant voeu de chasteté, dépensèrent tout ce qu’elles possédaient pour
l’édification des églises...”[109]
Comment expliquer le fait que celles-ci soient, toutes, juxtaposées?! Certes,
l’existence d’une partie de ces églises doubles pourrait, à la rigueur, trouver
une explication dans l’optique du zèle religieux. Nous lisons, à ce propos, un
témoignage direct du patriarche Douaihi ” En l’année 1510, le Khouri Louqa ben
Boutros de Tertej (Jbail) a construit une église sainte dans le village de
Kleibine (Chypre) au nom de Luc l’Evangéliste. Le Khouri Zakaria a construit
l’église Mar Mama à Mtouché... le Hajj Mikhail, frère de l’évêque Gibrail ben
Qélai, se transféra du village de Lehfed au village de Tala et ajouta à
l’église Notre-Dame une autre nef au nom de Mar Abda...[110]
Mais, de là à généraliser, ”ab uno dixi omnes”, la chose parait extraordinaire
et l’option nous semble hâtive.
b- Deux Chapelles : Deux Fonctions
Une seconde opinion a voulu voir dans les édifices du
genre de nos monuments une église double, mais alors il ne faudrait plus
rechercher la raison dans la fervente émulation des fidèles, il faudrait plutôt
les étudier à la lumière d’un programme liturgique propre à un peuple dans une
période déterminée. En d’autres termes, il faudrait y voir un ensemble cultuel homogène,
les deux salles constituent une seule église formée de deux chapelles dont
chacune a une fonction propre, indépendante de l’autre malgré la présence d’un
passage de communication[111].
Les églises doubles ne sont pas rares. Citons celles
d’Oumm-el-Jimal de Ara aux environs de Yabaroud en Syrie Centrale. Mais si les
plans, d’une certaine manière, se ressemblent, la fonctionnalité est-elle la
même?
Tout en faisant nôtres quelques éléments de cette
proposition qui s’appuie fondamentalement sur les traditions de l’architecture
syrienne, nous nous trouvons en nette divergence avec ses tenants quand à
l’analyse des fonctions relatives aux deux chapelles de ces ensembles cultuels.
Toute architecture est, en effet, un programme avant d’être un appareil ou un
décor. Il est incontestable qu’il faudrait se tourner vers le domaine oriental
pour trouver des équivalents à nos chapelles ou pour chercher des traditions
architecturales qui ont pu être mises à contribution lors de leur édification.
Faut-il, cependant, chercher des parallèles à nos monuments dans les plans des
églises doubles ou mieux dans les plans des églises à deux nefs? Nos chapelles
ressemblent, en plusieurs points, à l’église double d’Oumm-el-Jimal, surtout en
ce qui concerne le retrait des façades, le mur médian et les portes de
communication. Or, bien que la parenté de cette église vienne d’être réclamée
par les Maronites[112], il nous paraît déplacé de ranger les
monuments cobiathins sous l’étiquette d’églises doubles pour la simple raison
qu’une église, pour être telle, doit avoir, parmi d’autres caractéristiques un
accès particulier. Or, il s’avère qu’un bon nombre de nos chapelles, comme, par
ailleurs, celles dites franques de Nephin et de Saint-Jean du Mont-Pelerin[113]
manquent d’entrées dégagées et que le seul accès à certaines de ces chapelles
est réservé au seul passage de communication. Certes, il n’est pas nécessaire
que ces ensembles soient du type basilical à deux nefs, sans, toutefois, nier
cette possibilité, mais il ne fait point de doute que les deux chapelles
expliquent chacune sa propre fonction dans le même programme d’ensemble,
entendant par là que tout l’ensemble architectonique répond aux besoins d’un
seul programme cultuel et que, par conséquent, les deux chapelles sont
parfaitement solidaires et non simplement, juxtaposées.
En quoi consistait ce programme cultuel? Autrement dit,
quelle était la fonction particulière de chaque chapelle? Doit-on se contenter
de l’explication fournie par Mr. Sarkis et partant, étendre la même solution à
tous les monuments du genre, couvrant, nombreux, le territoire jadis habité par
les Maronites?
c- Deux
fonctions: Liturgique et funéraire
Mr. Hassan Sarkis, étudiant l’église st. Jean du
Mont-Pélerin émet une opinion très intéressante mais tout à fait particulière.
Nous nous permettons de reproduire le texte intégral de
notre vénérable maître. Son point de vue appliqué à St. Jean pourrait-il
expliquer tout le reste?
“... En effet, son plan, d’allure plutôt syrienne dans le
sens large du terme, associe en un seul monument deux chapelles qui paraissent
avoir eu chacune sa fonction propre, indépendante de l’autre, malgré la
présence d’un passage qui les relie. D’ailleurs, une fois fermée, la porte qui
barre ce passage rend impossible toute communication intérieure entre les deux
chapelles, ce qui est inconcevable dans le cas d’une église à deux nefs qui
sont nécessairement conçues pour être complémentaires. On pourrait d’autre part
se demander si le passage, qui fait communiquer les deux chapelles, n’avait pas
été destiné à les faire bénéficier toutes les deux de l’accès au toit par le
moyen de l’escalier aménagé dans l’épaisseur du mur médian, à moins que sa fonction ne soit purement
liturgique, en ce sens que l’office liturgique proprement dit était entièrement
séparé de l’office funéraire, et que, de ce fait, un passage avait été prévu
pour les déplacements du clergé. Si donc l’on admet l’indépendance de chacune
des deux chapelles de l’ensemble cultuel du Mont-Pélerin, il apparaît alors
nécessaire de trouver, ou plutôt de chercher, des parallèles à nos monuments,
non pas tellement dans les plans des églises à deux ou trois nefs de type
basilical, mais bien plutôt dans les chapelles a nef unique a abside
semi-circulaire ou rectangulaire, ou dans les plans des églises doubles, quelle
que soit la formule adoptée pour l’abside, rectangulaire ou semi-circulaire,
saillante ou aménagée dans l’épaisseur du mur est.
Il convient plutôt de signaler les cas d’églises doubles
car c’est d’une formule de ce genre que semble procéder le plan de notre église.
Or l’une des plus anciennes églises doubles est celle d’Oumm-el-Jimal, en Syrie
du sud, datée du VI s. Cette église présente deux chapelles, celle du nord possède
trois nefs, celle du sud en possède une seule, divisée en trois travées par des
pilastres et des doubleaux. Les deux chapelles ont des absides semi-circulaires
saillantes.
Toutefois, bien que faisant partie d’un même programme
architectural, et communiquant entre elles par deux portes percées dans le mur
médian, la façade de la chapelle sud présente un certain retrait par rapport à
la façade de la chapelle nord. Or, c’est probablement la même solution qui
aurait dû être adoptée à Saint-Jean du Mont-Pélerin. la chapelle nord devait
probablement être livrée au culte liturgique habituel, mais tel n’est pas le
cas, semble- t- il, de la chapelle sud.
Les vestiges témoignent, en effet, de la présence de
banquettes qui longent les longs côtés, ainsi que d’une cuve, d’une trentaine
de centimètres de diamètre intérieur, et dont l’eau devait se déverser vers
l’extérieur par le moyen d’une canalisation aménagée dans l’épaisseur du mur
sud.
En tenant compte de ces éléments et de la présence du
cimetière croisé attenant à l’église, cimetière qui était toujours mentionné
dans les textes en même temps que l’église Saint Jean il m’apparaît possible de penser à attribuer
à la chapelle sud un rôle funéraire. Cet usage pourrait rappeler une pratique
assez fréquente dans les églises paléochrétiennes et byzantines”.[114]
d- Deux fonctions : Deux autels
Mr. Fouad Salloum, le plus objectif et le mieux documenté
parmi ceux qui se sont penchés sur la question socio-historique dans la région
cobiathine, essaie de trouver, lui aussi, une explication à l’énigme posée par
ces doubles chapelles. Après de longues années de recherche sur le terrain et
d’étude comparative entre les anciennes églises du Cobiath, du Joubbât, du
Batroun et Jbail au Liban et les églises vétustes du Calamoun en Syrie, propose
l’opinion suivante: deux chapelles = deux autels. Les deux chapelles
remplacent, en principe et formellement une église à deux nefs. Celles-ci sont
bouclées sur deux absides contenant deux autels. On exposait les oblations sur
le petit autel alors que sur le grand on menait la fonction liturgique, après
un transfert solennel de ces dernières.[115]
Nous pensons que l’opinion de Mr Salloum peut être,
globalement, vraie. Elle se repose sur une logique très objective et surtout
sur les textes liturgiques de Douaihi[116].
Pourtant cette lecture de notre ami, laisse toujours planer quelque ombre sur
ce problème énigmatique.
e- Khizanat Errazat (Sacrariurn)
Une autre solution fournie par le texte même de Douaihi
pourrait peut-être éclairer le problème d’un nouveau jour. Le vénérable
patriarche écrit, à ce propos « Dans le Saint des Saints, il y a le
Tabernacle ou l’Arche des Sacrements. Ce dernier contient quatre objets: le
Saint Sacrement, le Saint Chrême, l’huile du Baptême et l’eau de l’Epiphanie ».
Puis il ajoute: « Autrefois, les fonts baptismaux étaient déposés à
l’extérieur de l’église ou bien sous le portique car l’accès à l’église était
permis au seul enfant de la lumière ». Ils furent, ensuite, transférés, au
dire du même patriarche, dans la « Khizanat », car il y a là l’arche
des sacrements (Tabout errazat) comme peut le constater dans l’église de Mar
Saba dans la ville de Bcharré[117].
En quoi consistait cette « Khizanat » de Mar
Saba donnée en exemple par le vénérable patriarche ?
La petite église épiscopale de Bcharré, mentionnée par le
Père Lammens et aujourd’hui disparue[118]
était formée d’une nef centrale raccordée à une abside empâtée dans un mur
droit percé d’une niche en tiers-point semblable à celles de Saint Phocas
d’Amioun. On y avait réservé le collatéral sud à la conservation de ” l’arche
des Sacrements” et des fonts baptismaux, déposés dans l’angle sud-ouest.
La Khizanat se trouvait autrefois dans le Saint des Saints
”Lors de la distribution de la communion, il faut que les portes du Saint des
Saints soient ouvertes aux femmes et aux enfants...” indique le Patriarche
Addouaihi citant le concile de Troie.[119]
De ce fait, les fonctions liturgiques se déroulaient dans
la nef principale alors que celle du sud était réservée aux autres sacrements
du culte. En résumé nous pouvons continuer Mr. Salloum: les offrandes étaient
exposées sur l’autel d’une nef secondaire, appelée Khizanat er Razat où l’on
gardait les autres éléments des Saints Sacrements. Dans cette nef les femmes,
qui ne se mêlaient pas aux hommes durant les cérémonies, assistaient à
celles-ci avec les enfants. Le transfert des oblations se faisait
solennellement juste à l’offertoire avant le canon. Après la communion des
hommes, un prêtre ou un diacre ramenait le Saint Sacrement au petit autel, à la
Khizanat où l’on communiait les femmes et les enfants et l’on conservait une
partie des hosties pour le Viatique. ”Dans le passé, alors que l’archiprêtre
continuait la bénédiction, il confiait les Mystères au prêtre ou bien à
l’archidiacre qui, par la porte de droite, les transférait dans la Khizanat où
il les consommait. Là aussi, les femmes et les enfants faisaient leur
communion...”[120] Peut-
on, dès lors, retrouver cette Khizanat dans l’une ou l’autre chapelle de nos
église du Cobiath, destinée à l’imposition des Sacrements, alors que la seconde
était consacrée aux cérémonies liturgiques habituelles? Nous pouvons le croire
surtout qu’un bon nombre de nos ensembles cultuels n’avait qu’une seule
ouverture extérieure, alors que l’autre chapelle, communiquant par un passage
intérieur pouvait être fermée à volonté. Comme les Eglises orientales ne
célébraient, généralement, la messe que le dimanche et les jours festifs, les
fidèles ne participaient à la sainte table qu’en ces occasions. Raison
supplémentaire, la nécessité de garder les Saintes Espèces pour le Viatique,
dans un lieu à part, doit, primitivement, avoir fourni l’idée de la seconde chapelle.
Rappelons, à ce propos, que l’idée n’était point
étrangère aux programmes du culte chrétien d’Orient, la seconde chapelle, une
sorte de sacrarium, appelée Khizanat par les Maronites, pourrait, à bon
escient, avoir remplace les martyria de l’église de la Syrie antique.
a - L’art croisé : un art local.
Après avoir affirmé l’influence des monuments de la Syrie
centrale sur la décoration, l’ornementation et la sculpture européennes, de
Voguë écrit: ”Sous le rapport de la structure, les architectes du douzième
siècle ont peu emprunté en Syrie centrale, quand ils l’ont imitée, ils ont agi
avec une grande liberté, s’attachant plus à l’idée qu’à la forme.”[121]
Il est certain que les Croisés, au début du XlIe siècle,
lorsqu’ils implantèrent leur organisation religieuse, militaire et sociale, en
même temps que leur architecture, se servirent exclusivement de l’arc brisé
alors qu’il était rarement employé en Europe. Ceci indique que cet arc a été
emprunté aux habitudes syriennes ainsi que coupoles et toits en terrasses.
”Mais ces emprunts, affirme de Voguë, n’enlevèrent rien à l’originalité de leur
art propre, les éléments étrangers se fondirent et s’incorporèrent, pour ainsi
dire, à leurs conceptions”[122].
En revanche, les maîtres d’oeuvres des Croisés, au
rapport de C. Enlart[123]
ont, généralement, adopté les plans en usage dans le pays et ce fait tient
parfois à ce qu’ils utilisèrent les fondations d’édifices antérieurs : Ainsi la
plupart des églises de pèlerinage se sont élevées sur des cryptes vénérées telle
la cathédrale de Tartous.
Au début de leur règne en Orient, les Francs ont réparé
plus d’églises qu’ils n’en bâtirent, mais dès le deuxième quart du douzième
siècle, la stabilité militaire et sociale donna l’occasion à l’éclosion d’un
art architectural particulier; en d’autres termes, ”Ie poids de la tradition
syrienne et byzantine joua un rôle important dans l’élaboration d’une
architecture médiévale propre à la Terre Sainte”[124].
Ce fut « l’Ecole d’outre-mer », caractérisée
par plusieurs éléments résumés dans ce paragraphe de C. Enlart” L’absence de
toitures, la grande hauteur des collatéraux, la simplicité des plans, la
fréquence des absides empâtées dans des massifs rectangulaires, la sobriété du
décor, la beauté de la construction, l’emploi presque exclusif de l’arc brisé,
les cordons qui relient les abaques entre eux en sont les caractères les plus
frappants”[125].
Au lieu de qualifier l’art croisé d’occidental ou de
syrien, nous voudrions parler plutôt d’un brassage de cultures. Faire la part
respective des éléments orientaux et occidentaux dans l’art de la Syrie
franque, paraît quelque peu déplacé, car, étant un tout intégral, l’art est à
la fois, assimilation et création. C. Enlart[126]
lui-même affirme, par ailleurs, qu’il y eut dans la chrétienté du Moyen-âge,
beaucoup d’idées communes et de vie commune. Dans les domaines des Eglises
latine et syrienne, deux évolutions se sont produites, parallèles sinon
toujours synchroniques qui portent les mêmes caractères et accusent la même
orientation: les deux Eglises, ont appliqué les mêmes principes et les mêmes
traditions aux mêmes programmes.
On peut, certes, parler d’antériorité ou de postériorité
par rapport à certains détails, l’arc brisé par exemple. On peut souligner
certains emprunts, mais “ces emprunts, au rapport de R. Spiers, n’enlevèrent
rien à l’originalité de leur art propre (les Croisés); les éléments étrangers
se fondirent et s’incorporèrent, pour ainsi dire, à leurs conceptions[127].
Sans renier l’apport respectif des Francs et des Syriens
dans l’élaboration de l’architecture croisée, nous pouvons affirmer que dans
nos monuments religieux de la Syrie franque, deux peuples, deux génies se sont
amalgamés, sur le terrain, pour réaliser une oeuvre commune admirable:
l’architecture franque de la Syrie.
b- Les
chapelles Cobiathines : Soeurs cadettes.
Dans notre chapitre, au titre ”Les Maronites”, nous avons
parlé de la présence de ces derniers dans le Cobiath - nous avons essayé de
retracer leurs pérégrinations entre la Syrie centrale et le midi du Liban, à travers
le Cobiath et les dédales du Akkar.
Nous avons suivi leurs déménagements à travers le pays.
Nous avons admiré la grandeur et la beauté de leurs basiliques syriennes comme
nous avons admiré leur fierté et leur abnégation dans la misère et l’humilité de
leurs lieux de culte subséquents.
Nous avons suivi le mouvement de leurs foules en marche
vers la Montagne comme nous avons vécu les souffrances et la pauvreté de ceux
qui n’ont pas eu le loisir de plier bagage.
La première moitié du 12ème s. a vu les petites équipées
de leur retour et les perles de leur sueur en train de réaménager les terrains
retrouvés, comme elle a vu la floraison de leurs chapelles humbles et dénuées
de tout, mais bouillonnant de foi et de sainteté. Ils avaient abandonné
derrière eux, la Montagne et les parents, ils avaient emporté avec eux leurs
coeurs alourdis d’affection, leurs yeux remplis d’horizons nouveaux et leur
mémoire grosse de souvenirs, mais dans le Cobiath, ils n’étaient pas des
intrus, ils retrouvaient de la famille.
Ainsi qu’il est dans leurs habitudes, à peine, déchargés
de leurs pacotilles et repris du souffle, ils s’attelèrent au travail pour
monter leurs pauvres masures et la “maison de Dieu” et résanctifier ainsi le
sol qu’ils venaient de fouler. Ils n’avaient pas besoin d’architecte, ni même
de maître-maçon. Tout le monde connaissait par coeur le plan habituel des
chapelles. Ils y avaient toujours suivi les fonctions liturgiques, et beaucoup
parmi eux savaient entasser les pierres des anciennes ruines ou bien, en couper
d’autres. Toute la famille participait à l’oeuvre, femmes et enfants compris.
Le plan était habituel, les églises, en effet, se ressemblent. La couverture en
voûtes d’arêtes ou en berceau, dénote une diversité de tâcherons plutôt qu’une
différence de style. Le décalage visible entre les chapelles comme leur
imbrication dans un seul édifice ne résulte pas de leurs diverses paternités
mais il est, comme nous l’avons relevé plus haut, un constat de l’état premier
du terrain. Les chapelles relèvent d’un même peuple et desservent un seul
programme cultuel. Quel est ce peuple ? Quelle est cette liturgie ?
Nous avons fait un périple presque égal à celui du P.
Lammens. Nous avons visité les mêmes églises et bien d’autres encore. A un
siècle de distance, de nombreux détails se sont estompés, d’autres ont trouvé
place dans les vétustes lieux de culte qui ont été rénovés durant les deux
dernières décades, mais loin de tout critère scientifique. Le plan et la
fonctionnalité n’étant pas altérés, le même programme liturgique développé dans
les chapelles cobiathines semble se dérouler dans les églises doubles de la
Montagne. Encastrées dans un édifice unique ou bien, juxtaposées en recul
décalé, les églises doubles de Joubbé, Zawyé, Batroun et Jbail se présentent comme
les images réelles du calque cobiathin.
Nous manquons de documents de datation au Cobiath alors
que la floraison religieuse, dans la Montagne, remonte historiquement à la
période franque du 12ème siècle. Cependant, et malgré l’éloignement
géographique, les monuments religieux, soit au Cobiath, soit à la Montagne
présentent les mêmes caractéristiques dans leur aspect extérieur et dans leur
architecture intérieure.
Nous avons les mêmes plans relevés dans notre étude
cobiathine dans les églises doubles en recul décalé comme à Eddé-Jbail ou bien
encastrées comme à Chamat et à Tannourine. Leur décor extérieur est partout
semblable: un air de pauvreté, des murs entassés en pierres plus ou moins
taillées, percés des mêmes portes, et des mêmes meurtrières. Des absides
saillantes ou encastrées portent les mêmes escaliers qui mènent sur les
terrasses.
Souvent les églises sont desservies par des puits et
parfois c’est la source qui les rafraîchit comme à Saîdet Tannourine.
A l’intérieur, les
divers monuments présentent le même décor, deux chapelles voûtées en berceau
brisé avec une porte de communication comme à Tannourine ou bien une ouverture
en arcature comme à Dmolsa, parfois elles sont couvertes de voûtes d’arêtes
avec arcades sur colonnes antiques comme à Chamat. La même calotte couvre les
mêmes absides et une même mouluration biseautée démarque le départ de la coiffe
absidiale. Enfin et ce n’est pas un moindre signe, les mêmes croix ornent les
divers monuments.
Or, l’histoire affirme que les églises de la Montagne
sont des lieux de culte maronites. Ne peut-on, alors, à partir des critères
susmentionnés, affirmer la même fonctionnalité liturgique ainsi que les
chapelles cobiathines et que ces dernières sont, par conséquent, leurs soeurs
cadettes ?
C- Les
chapelles cobiathines : Témoins du passé.
Les vieilles chapelles du Cobiath, formant, généralement,
des amas de pierres informes, ne peuvent pas, certainement, fonder une école
d’architecture dans le sens exact du terme. Elles n’ont jamais dû avoir - et
celles qui sont toujours debout, le montrent clairement - la somptuosité et
l’éclat de leurs aînées de Syrie. Elles constituent, cependant, - et ce n’est
pas là leur moindre valeur - un témoignage éloquent d’une certaine tranche du
passé historique du patrimoine national maronite libanais. Témoins d’un passé
historique, elles le sont à plus d’un titre.
1- Les chapelles témoignent, d’abord, d’une certaine
société dont on peut dire à tout le moins qu’elle était pauvre en ressources
financières et par conséquent en réalisations artistiques.
Au point de vue financier, les paysans, restés sur place
ou bien revenus sous la domination franque, ne devaient pas être bien riches et
ceci pour plusieurs raisons.
Disons, à titre d’exemple et comme nous l’avons signalé
au cours du travail que les paysans, étaient soumis à des redevances de toutes
sortes. Aussi, que pouvaient produire les maigres lopins de terre mis à leur
disposition par les seigneurs, ou bien, péniblement défrichés et gagnés à la
forêt et à la montagne?!
Au point de vue artistique, la société maronite, en
général, ne manquait certes pas d’artistes de valeur. Ceux-ci ont montré leur
talent à plus d’une reprise et dans plusieurs endroits du comté tripolitain.
Citons, à titre d’exemple, les églises Saint Jean de Jbail et saint Sabas de
Bcharré. Mais y en avait- il dans la société paysanne du Cobiath ? Et, même
s’il y en avait, il leur était interdit d’aspirer à une oeuvre d’architecture
de quelque valeur puisque leurs communautés, petites et dispersées manquaient
littéralement des fonds nécessaires[128].
Il serait superflu d’insister sur le coup d’arrêt subi
par l’architecture religieuse de la Syrie après la conquête islamique du Vll ème
siècle. Les conséquences de cette coupure furent tellement graves que l’art
chrétien autochtone ne redémarrera pas avant longtemps.
L’installation des Croisés dans la région, pour des
raisons multiples, ne permit point aux chrétiens de Syrie, de retrouver
l’envergure de leurs aînés.
2- La société maronite du Moyen-âge souffrait de
l’insécurité malgré la nouvelle ”pax latina” rétablie par les Francs dans le
pays.
L’insécurité venait de l’intérieur. Les seigneurs ne
cessèrent, que rarement, de s’entre-déchirer. De l’extérieur, le Royaume Latin
d’Orient vécut d’une façon presque constante sous les menaces des voisins. Or,
cette insécurité, de quelque origine qu’elle fut, ne manqua point de se
refléter sur la population maronite. D’où, leurs églises, à leur image,
revêtirent un caractère défensif” ” Nos vieilles églises sont, d’abord, des
guerrières: murs de forteresse, portes très basses, rares fenêtres percées en
meurtrières...” [129]
Nous avons, déjà, signalé l’importance de l’eau, sources,
citernes, dans les anciennes églises. Cette importance provenait non seulement
de son utilité rituelle mais aussi du fait que les fidèles, lors d’une attaque
toujours possible, se réfugiaient dans les églises pour prier et se défendre à
la fois.
Une fois passées les années de prospérité (IV - VII
siècle) l‘Église maronite ne connut que de rares moments de paix et, par
conséquent, d’expansion économique. Guerres, persécutions, pressions de toute
sorte, la société maronite sombra dans une longue nuit de désolation dont elle
ne sortira qu’avec les temps modernes.
Une nouvelle ère de paix s’établit dans la région avec l’installation
franque, mais elle ne dura pas assez longtemps pour permettre aux Maronites un
renouveau fondamental.
Pauvreté, insécurité, désolation, le peuple souffrait.
Les petites chapelles du Cobiath reflètent en plein ses souffrances. Ecoutons,
toujours, le Père Godard ” ... De la cellule patriarcale une fenêtre donnait
dans l’église. Le patriarche, souvent, y travaillait, les yeux fixés sur une
grande fresque qui s’étale encore, gauche et effritée, devant nous: autour d’un
tombeau, neuf patriarches assistent, mitrés, et, crosse en main, au
couronnement de Marie par les trois personnes divines ... Ces poses raides, ces
bras levés au ciel dans un appel unanime, c’est tout le Qannoubine souffrant
que nous venons d’entrevoir. Les patriarches, ici-même, entourés de leur peuple
qui psalmodie le cri de détresse ajouté à la liturgie de la messe pour
présenter à Marie tous les maux dont souffrait la Montagne... ”[130].
Il est vrai qu’une église, et, ceci jusqu’à la guerre de
1914, était, en général, quelque chose de fort simple: un cube de pierre, à
peine, distingué des maisons ordinaires par de moins nombreuses ouvertures et
un bout de clocher poussé au coin de la terrasse. Mais, cette simplicité même
révèle la personnalité de base du peuple maronite caractérisée, surtout, par la
ténacité et la fierté : ”La ténacité de ce peuple est digne d’admiration, non
seulement pour s’être conservé dans la foi, mais pour avoir su maintenir aussi
les éléments liturgiques et iconographiques du rite.[131]
[1] BOULOS Jawad, les grandes étapes de l’histoire, p. 217
[2] Lire à ce propos le psaume 48.
[3] ENLART Camille, les Monuments des Croisés dans le Royaume de Jérusalem.
Vol. II. p.51.
[4] Cfr. Dussaud, voyage en Syrie, dans notes archéologiques, oct. nov. 1895
Cfr. à ce propos, LAMMENS H., Notes épigraphiques sur l’Emésène, Louvain 1902.
[5] Lors du déblayage du temple et de la petite chapelle en ruine de Mar
Challita, déblayage exécuté par la brave “Oum Walid”, nous avons eu la
consolation amère de voir se réaliser toutes nos suppositions ainsi que
l’opinion de feu Mgeur Zraibi relatives au passé de Mar Challita. Nous avons eu
l’occasion de suivre le déblayage et de fixer sur pellicule le linteau et le
seuil de l’égIise paléochrétienne. On voit, au second plan, les belles pierres
des assises de la façade occidentale de l’église moyenâgeuse qui y était
encastrée. (voir Atlas)
[6] ENLART Camille, Architecture religieuse des Croisés, I, p. 63.
[7] ENLART Camille, Architecture religieuse des Croisés, I, p. 35.
[8] Voir plus haut le plan de N.D. de Qammaa.
[9] Isaïe,
II, versets: 1- 8.
[10] LUC, CH. I, la visite à Elisabeth.
[11] Jean,
la pêche miraculeuse.
[12] Nakouzi
Mikhaïl, Tabarja, p.82.
[13] Ezéchiel,
6/13.
[14] Deut,
12/3.
[15] Rois,
III, 16/33.
[16] Is. 57/6.
[17] Jérémie I, 27.
[18] NAKOUZI Mikhaïl,
Tabarja p.84.
[19] NAKOUZI Mikhaïl, Tabarja p.85.
[20] “Dès le début du christianisme, les enfants de la foi ont commencé à
construire les églises, à y canaliser les eaux des sources ou bien à creuser
des puits devant elles afin que ceux qui y entrent se lavent selon la parole de
Saint Jean-Chrysostome: il faut que nous nous lavions les mains en entrant dans l’église...” Addouaïhi Est., Manarat el
Aqdas, vol. I, p.57. Cfr. étiam Lammens H., Vestiges du Liban, vol. I. p90. “
Beaucoup des églises du Liban possèdent, à leur intérieur, des citernes...”, “
En divers endroits, les citernes sont placées au-dehors, à côté du portique par
exemple...”.
[21] LAMMENS H., Vestiges vol I. p.70 ss.
[22] ADDOUAIHI
Est. Ibidem.
[23] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, vol I, p.129.
[24] ADDOUAIHI Est., Mnarat el Aqdas, vol. I, p.121
[25] ADDOUAIHI Est., idem, ibidem
[26] Nous essayerons plus tard de localiser le “trésor”. Quant au contenu de
“l’Arche des Sacrements”, voir plus haut page 18.
[27] voir plus haut la page 18
[28] “Les miroirs, écrit le Patriarche Addouaihi. indiquent la propreté. Comme
les gens regardent leurs visages dans les miroirs pour les nettoyer de toute
souillure corporelle, ainsi, il faut nettoyer son âme de tout mal qui aurait
souillé l’image de Dieu...” “ le miroir signifie aussi que les saints, au ciel,
contemplent le visage de Dieu...” Crf. Manarat-el Aqdas, p.126 - 127. “... Par
les oeufs d’autruche, on veut symboliser la persévérance dans la prière et la
méditation des mystères de Dieu... On dit que cet oiseau (l’autruche) ne couve
pas ses oeufs, mais il les regarde de loin. Quand la femelle est fatiguée, le
mâle en prend la relève. Si jamais, leur regard est détourné ailleurs, les
oeufs moisissent...” Manarat-el Aqdas, p.127. Rappelons que, d’après le
vénérable patriarche, l’Eglise a reçu ces coutumes de la tradition
judéo-chrétienne: “ les miroirs étaient suspendus dans le temple de Salomon...”
“ l’Eglise a reçu la coutume de sonner le toscin, du vénérable Noè qui le
sonnait trois fois par jour pour rassembler les ouvriers, soit pour travailler
à l’arche, soit pour manger”. (O.C. p.127).
[29] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas vol I, p.60 - 61
[30] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas vol I, p.60 - 61
[31] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol I, p.15.
[32] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol I, p.27
[33] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol I, p.83
[34] ADDOUAIHI Est., Kitab Attacrisat (livre des consécrations) éd. Chartouny,
Beyrouth 1902, p.29.
[35] DAOU Boutros, Histoire de l’Eglise maronite, vol II, p.402
[36] Enlart C., Monuments religieux des Croisés, vol II, p.82
[37] Note: Les églises et les édifices de la Syrie antique (IV-VIl s.) se
distinguent par leur grand appareil, de taille fine et de facture bien soignée.
Les pierres sont superposées en des assises extrêmement compactes quoique sans
liant quelconque. Cette méthode d’origine phénicienne attire l’attention à la
première vue de ces églises (Daou Boutros, Hist.vol.11, P.391). Ceci dit
rappelons que la taille syrienne de la pierre comportait diverses variantes,
mais toujours orientées dans l’optique de relier l’appareil sans liant. A
travers nos randonnées syriennes nous avons pu étudier d’une manière plus
profonde deux systèmes de décrochement de la pierre, tous deux aussi cohérents:
- Le premier présente cette forme : ce procédé est sans doute d’origine
phénicienne, puisqu’on peut le constater dans le mur d’enceinte du temple de
Hilsban ou d’Akroum, probablement phénicien du Il s. chrétien.
-
Le second consiste à faire entrer une pierre entre deux autres à la manière
d’un clou.
Si
l’appareil présente cette forme de pierres à décrochement, il faut voir les
rapprochements à faire avec l’Arménie, et, se demander si les premiers
inventeurs de ce système sont les Arméniens ou les Syriens. Ce procédé existe
en Arménie dès le VI s. Qu’en est-il en Syrie? Cette question est très importante.
A mon avis les rapports Syrie-Arménie ont été plus intenses qu’on ne le dit
généralement. Je crois que le christianisme est entré en Arménie davantage à
partir de la Syrie que de la Cappadoce. C’est la propagande byzantine qui, dès
le VII s, a exalté le rôle de la Cappadoce dans la christianisation de
l’Arménie pour des raisons politiques évidentes. L’arrivée du christianisme à
partir de la Syrie s’est, sans doute, accompagnée d’influences artistiques et
techniques. C’est, à mon avis, l’influence syrienne qui explique la qualité de
l’appareil arménien qui surclasse le médiocre appareil byzantin
contemporain”.39 (Mr H. PRADALIER professeur à la faculté d’Histoire de l’Art.
Université le Mirail., Toulouse.)
[38] Butler, ECSP, 26 - 64.
[39] Butler 263, Daou p.416.
[40] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol. I, p.62.
[41] SARKIS H., Contribution à l’histoire de Tripoli p.151.
[42] Max Van Berchem et Edmond Fation, Voyage en Syrie, le Caire 1914, Vol. II,
p.134.
[43] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol I, p.31.
[44] LAMMENS H., Vestiges archéologiques du Liban, vol. I, p.90 - 91.
[45] Le procédé a été utilisé au IVe siècle dans les églises de la Syrie du
Sud. Cfr. à ce propos LASSUS j., Sanctuaires chrétiens de la Syrie.
[46] LAMMENS H., Vestiges archéologiques du Liban, vol I, p.65
[47] DE
VOGUE. La Citerne De Ramlé, p.178
[48] DE
VOGUE. La Citerne De Ramlé, p.166
[49] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, col I, p.63
[50] Cfr.
Ste, Catherine à Enfé!
[51] DESCHAMPS P. La Défense du Comté p.157.
[52] Lassus
Jean, Sanctuaires p.236
[53] DAOU B., Histoire des Maronites, vol. III, p.197.
[54] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol I, p.181.
[55] Deut.
10/1
[56] ADOOUAIHI Est., Manarat el Aqdas vol.I, p127.
[57] BUTTLER H.C., Early
Churches Of Syria, Princeton 1929, p.236.
[58] BUTTLER H.C., O.C.
p.211
[59] ADDOUAIHI
Est., Annales, p.103
[60] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol.I, p.182
[61] “L’église de St. Thaddée, (Laba) à Bchannin-zawyé n’en possédait point au
début du 12èm. s. actuellement elle porte une cloche. Mais le clocher, deux
pierres parallèles, montées verticalement, crie sa mise ultérieure.
[62] ALBERT d’Aix, Rec. tome IV, liv. VI, p.40
[63] LASSUS J., Sanctuaires chrétiens de Syrie, p.237
[64] ENLART C., Monuments religieux des Croisés, vol.I,
p.55
[65] DAOU B., Histoire des Maronites, vol. II, p.409
[66] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, vol. I, p113.
[67] Père Jean SADER, “L’art Maronite commence par la
Croix” dans la revue Almimbar, nov. 1986, p.92 - 93.
[68] LASSUS J., Sanctuaires chrétiens de Syrie, p.286
[69] FERNANDEZ Romuald, les Stylistes syriens, p.202
[70] FERNANDEZ Romuald, les Stylistes syriens, p.202
[71] TESTA E., Il simbolismo dei Giudeo-cristiani, Gerusalemme 1962, p.259s.
[72] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, vol. I, p104.
[73] ADDOUAIHI Est., O.C., P158.
[74] ADDOUAIHI Est., O.C., P156.
[75] Daou Boutros, Histoire des Maronites, vol. II, p403.
[76] ADDOUAIHI Est.,
Manarat el Aqdas. vol. I, p.156.
[77] Mathieu. 19/28
[78] CROWFOOT J W., Gerase, p.184, cité par LASSUS
.J. dans, Sanctuaires chrétiens e Syrie. p.207
[79] Cf. à ce propos LAMMENS H. Vestiges Archéologiques
du Liban vol. I, p.95
[80] POGNON, Inscriptions sémitiques de la syrie, de la
Mésopotamie et de la région de Mossoul, Paris 1907, p.42 s.s cité par DAOU, B.
Histoire des Maronites. vol. II, p.61.
[81] KHATER, Lahd, Attaqalid Allubnaniah, p.121.
[82] DAOU B., Histoire des maronites vol. II, p.57ss.
[83] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas. éd. Chartouni,
Beyrouth 1895, vol I, p.125
[84] LASSUS J. et TCHALENKO F., Ambons syriens, dans
Cahiers Archéologiques 1951, n°5, p.76 - 78 LASSUS J., Sanctuaires chrétiens de
Syrie, cscs. 1947 p.103 - 109
[85] DAOU B., Histoire des maronites vol. II, p.101
[86] SOCRATES, Historia Ecclesiatica VI. 8 PG. Migne Tome LXII, colonne 692
[87] DAOU Boutros, Histoire des Maronites. vol. II,
p.130 - 104
[88] DDOUAIHI Est.,
Manarat el Aqdas, vol. I, p.128 -
131
[89] ADDOUAIHI Est., OC. p.101
[90] ADDOUAIHI Est., OC. p.135 - 136
[91] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol I, p.99
[92] DAOU Boutros, Histoire des Maronites. vol. II,
p.396 ss.
[93] Lammens H. la Syrie 169
[94] Kafartab “ localité sur la route d’Alep à apamée, à
mi-chemin entre Maarra et Chaïzar ou Sheïzar (Larissa). Les historiens
occidentaux connaissent Kafartab sous la forme de Caphards, cfr. R. DUSSAUD.
Topographie historique de la Syrie antique et médiévale, paris 1927. p. 178 s.s. et Mgr P. Dib, l’Eglise
Maronite p.135, Note 2”. P. SOAIBY ph., le Monothélisme de Thomas de Kafartab,
Liban, 1985, p.9.
[95] Cfr. Jaques
de Vitry, Ch. LXXVII, dans Bongars, Tome I, p.1094
[96] LAMMENS H., Vestiges du Liban. vol. I. p. 87
[97] Lettre du pape Innocent III reproduite par Anaissi
TOBIE dans Bullarinum maronitarum, p.3 -
4
[98] ADDOUAIHI Est, vol. I p.125
[99] ADDOUAIHI Est, O.C., vol. I p.107
[100] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol. I p.84
[101] ADDOUAIHI Est, Manarat el Aqdas, vol. I p.144 - 145
[102] ADDOUAIHI Est, O.C., p.107, 140, 614
[103] ADDOUAIHI Est, Histoire des maronites, éd.
Chartouny, Beyrouth 1895 p.108
[104] LAMMENS H., Vestiges archéologiques du Liban, vol.
I p.91
[105] ADDOUAIHI Est, Manarat el Aqdas, vol. I p.121
[106] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol. I p.91
[107] LAMMENS H., oc., p.96
[108] DIB Pierre, Histoire de l’Eglise Maronite, vol. I,
p.85
[109] ADDOUAIHI Est, Histoire des maronites, p.103
[110] ADDOUAIHI Est, Annales des temps, é. Tawtel,
Beyrouth, p.227 - 228
[111] SARKIS H., Contribution p.211
[112] DAOU B., Histoire des Maronites, Vol. I, p.176
[113] SARKIS H., Contribution p.211
[114] SARKIS H., Contribution à l’histoire de Tripoli,
p.211ss.
[115] cf. Salloum Fouad op. cit. I. E.
[116] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, p.140
[117] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, Vol. I, p.140
[118] LAMMENS H., Vestiges du Liban, vol. I p.61
[119] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, p.613
[120] ADDOUAIHI Est., Manarat el Aqdas, p.613
[121] De Voguë, le marquis, la Syrie centrale I. II, p.23
[122] De Voguë, la Cité de Ramleh, p.178
[123] Enlart C., Monuments religieux, v.I, p.34
[124] Le temps des Croisades, collection A. Marlraux,
Gallimard, 1982, p.104
[125] Enlart C., Monuments religieux, v.I, p.52
[126] Enlart C., CC. C. E. 26
[127] SPIERS, R, Architecture East And West, London, 1905, p.705
[128] Cfr. Coupel, P. trois petites églises du comté de
Tripoli. in 5. M.B. 1941
[129] Godard, Père, La Ste Vierge au Liban, P. 304
[130] Godard, Père, O.C. p.304
[131] Godard, Père, O.C. P.304
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